Libye: Un scandale de contrebande de carburant à l’échelle internationale

Un rapport de l’organisation «The Sentry» a révélé l’existence d’un vaste réseau de contrebande de carburant subventionné en Libye, d’une ampleur sans précédent. Active depuis trois ans, cette contrebande implique des acteurs locaux et étrangers et approvisionne aussi bien la région du Sahel et le Soudan que certains pays européens.
Le document, qui a provoqué un choc dans le pays, cite nommément des figures clés des factions rivales, telles que Saddam Haftar, fils du maréchal contrôlant l’Est, et Abdelhamid Dbeibah, chef du gouvernement à Tripoli. Le carburant emprunte deux routes principales : une voie terrestre via le désert pour alimenter les conflits au Sahel et au Soudan, profitant notamment aux forces russes et aux Rapid Support Forces soudanaises, et une voie maritime depuis Benghazi vers l’Europe. Il ne s’agit pas d’un trafic artisanal, mais d’un système criminel structuré et protégé de l’intérieur, causant une perte estimée à près de 20 milliards de dollars en trois ans.
Le rapport de 72 pages insiste sur la nature sophistiquée et organisée de ce trafic. Il ne s’agit pas d’initiatives isolées, mais d’une phénoménologie criminelle bien structurée, infiltrant les institutions de l’État et protégée par elles.
Ce système revend le carburant subventionné à prix d’or au marché noir, générant des pertes annuelles estimées à 6,7 milliards de dollars, pour un total avoisinant les 20 milliards sur trois ans.
Le gouvernement de Dbeibah à Tripoli est également mis en cause. Malgré ses promesses de réforme, aucune mesure concrète n’a été prise pour endiguer le phénomène. Pire, des milices qui lui sont affiliées participeraient activement à la contrebande, notamment depuis la côte ouest et la région de Misrata.
Le rapport évoque l’existence de stations-service fantômes utilisées pour gonfler artificiellement la demande intérieure et détourner le carburant vers des circuits illicites.
Face à cette hémorragie, la simple suspension du système de troc de pétrole annoncée en 2025 par la compagnie nationale est jugée insuffisante.
«The Sentry» estime qu’une révision radicale du système de subventions, associée à une traque des réseaux de corruption et à une responsabilisation réelle des responsables politiques, militaires et économiques des deux camps, est indispensable pour en venir à bout .
S. G.