Sahara occidental: Le 30 août, une mémoire blessée et un cri pour la vérité

Chaque 30 août, le monde entier commémore la Journée internationale des victimes de disparitions forcées. Mais pour le peuple sahraoui, cette date ne relève pas d’un simple rituel universel : elle est une plaie ouverte, une mémoire vivante, une douleur qui traverse les générations.
Depuis l’occupation marocaine du Sahara occidental en 1975, les disparitions forcées sont devenues un outil systématique de répression, un mécanisme brutal pour faire taire toute voix dissidente, toute revendication d’identité, toute aspiration à la liberté. Ce crime de lèse-humanité ne se contente pas d’effacer des vies : il nie l’existence même des personnes disparues, prive leurs familles de sépulture, de deuil, de vérité. Il installe un silence oppressant, une peur durable, une incertitude qui ronge les cœurs et les sociétés. Pour les Sahraouis, cette journée est le miroir de leur propre tragédie, un rappel que leur lutte pour la justice est loin d’être achevée. Selon l’ONG sahraouie AFAPREDESA, plus de 4 500 cas de disparitions forcées ont été recensés, dont près de 445 restent irrésolus.
Le rapport de mémoire d’Oasis confirme que le Sahara occidental détient l’un des taux les plus élevés au monde de disparitions forcées. Ce n’est pas une dérive ponctuelle : c’est une politique délibérée, méthodique, visant à briser toute résistance à l’occupation marocaine. Derrière chaque chiffre, il y a une vie volée, une famille brisée, une communauté endeuillée. Des figures emblématiques comme le journaliste sahraoui Mohamed Lamin Haddi, soumis à des conditions carcérales inhumaines, ou l’activiste Sultana Khaya, victime d’un siège policier et d’agressions répétées, incarnent la persistance de ces pratiques répressives.
Certaines familles ont retrouvé les restes de leurs proches dans des fosses communes, révélant l’ampleur des exécutions sommaires. Mais la majorité reste sans réponse. Ni Rabat, ni Madrid — ancienne puissance coloniale et toujours puissance administrante de jure — n’assument leurs responsabilités. L’impunité perdure, renforcée par le silence complice de la communauté internationale. La République arabe sahraouie démocratique (RASD) réclame depuis des années que le Maroc dévoile le sort des disparus sahraouis. Mais les autorités d’occupation persistent à nier, à étouffer, à faire taire. Face à cette tragédie, le message du peuple sahraoui est clair, ferme, irréductible : Vérité, Justice, Indépendance. Tant que la lumière ne sera pas faite sur ces disparitions, tant que les responsables resteront hors d’atteinte, tant que l’occupation se poursuivra, la blessure restera béante. Le 30 août n’est pas une simple commémoration : c’est un appel à la conscience du monde, un serment de mémoire, et une exigence de dignité pour un peuple qui refuse d’être effacé .
Fateh H.