IL semblerait que derrière les affirmations publiques selon lesquelles l’union européenne ( UE) est disposée à réviser l’accord d’association avec l’Algérie, de manière à préserver les intérêts des deux parties, se cache un mécontentement sur la nouvelle orientation économique du pays. La politique d’encouragement de la production nationale, la diversification des partenaires économiques et les efforts en matière d’industrie ne sont visiblement pas du goût de l’UE qui est le plus grand bénéficiaire de l’accord d’association en vigueur depuis 20 ans.
Sinon comment expliquer que trois jours après l’entretien du chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf avec la vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas, qui sont convenus de poursuivre et d’intensifier les efforts visant à conférer l’équilibre requis au partenariat économique entre les deux parties, la commission européenne annonce de manière unilatérale et à la surprise générale, le lancement d’une procédure arbitrale contre l’Algérie?
En effet, au moment où le débat se focalise sur la révision de l’accord d’association, Bruxelles brouille les cartes, créant une nouvelle tension avec Alger. En annonçant le procédure d’arbitrage, l’UE s’est plainte des restrictions au commerce et à l’investissement, contraires à l’Accord d’association liant les deux parties. En réaction, le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, a adressé une lettre officielle à ce sujet à Kaja Kallas, Haute Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et Vice-Présidente de la Commission européenne. Il a exprimé la surprise de la partie algérienne face à la décision européenne hâtive et unilatérale de clore la phase des consultations et de déclencher une procédure arbitrale, alors même que seules deux réunions de consultations ont été tenues sur une courte période de deux mois, et que six des huit contentieux soulevés par la partie européenne étaient en voie de règlement », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Dans sa lettre, M. Attaf a souligné que « rien dans l’évolution des consultations constructives et sereines ne justifiait une interruption aussi abrupte du dialogue, d’autant que la partie algérienne avait présenté des propositions concrètes sur les deux autres points de divergence, sans que celle-ci n’ait reçu une réponse formelle de la part de son homologue européenne ».
L’UE contrariée
Le ministre a mis en évidence le caractère unilatéral de la démarche européenne, qu’il juge contraire tant à l’esprit qu’à la lettre de l’Accord d’association, notamment ses articles 92 et 100. Il a en particulier regretté que la partie européenne semble avoir agi comme si le Conseil d’association, organe décisionnel central de l’Accord, n’existait plus.
« Le Ministre d’Etat a rappelé que c’est au Conseil d’association, et à lui seul, qu’il appartient d’apprécier les résultats des consultations et d’en tirer les conséquences. Or, ce Conseil n’a pas été convoqué depuis cinq ans, malgré les demandes insistantes de la partie algérienne, privant ainsi les deux partenaires d’un cadre institutionnel important, dont la raison d’être est de garantir une évolution équilibrée de la relation bilatérale, d’une part, et d’assumer un rôle central dans le règlement des différends, d’autre part », a
déploré le ministère. Face à la nouvelle situation, et en sa qualité de président du Conseil d’association pour l’année en cours, M. Attaf a demandé la convocation, dans les délais les plus rapprochés possibles, d’une session du Conseil d’association « afin de permettre un examen global et équilibré de l’ensemble des préoccupations des deux parties, dans le respect du cadre juridique établi par l’Accord d’association ».
Mais pourquoi l’UE agit de la sorte?
Pour l’économiste Brahim Guendouzi, la nouvelle trajectoire que l’Algérie veut insuffler à son économie en termes de régulation de ses importations et d’encouragement de la production locale par une politique de substitution aux importations, la diversification de ses partenariats au-delà de l’Europe, notamment avec la Chine, l’Inde, le Qatar ou la Corée, particulièrement en termes d’investissements dans différents secteurs stratégiques, semble ne pas trop plaire à l’UE qui veut maintenir l’Algérie dans sa zone d’influence. L’économiste estime, en outre, que l’attitude de la Commission européenne vis-à-vis de l’Algérie semble confirmer certaines critiques formulées à son encontre par le président américain Donald Trump, selon lesquelles elle entrave plus qu’elle ne favorise l’action économique et stratégique, particulièrement dans un monde multipolaire .
Fateh H.

