Son affaire a été surmédiatisée dans un contexte de crise entre Alger et Paris: Quel verdict pour Boualem Sansal ?

C’est aujourd’hui que l’affaire Boualem Sansal, écrivain franco-algérien en détention depuis la mi-novembre 2024, connaîtra son épilogue, après des mois de polémique. Le tribunal correction de Dar El Beida devra prononcer son verdict, alors que l’accusé risque 10 ans de prison ferme, selon le réquisitoire du parquet. Un verdict qui n’est pas seulement attendu par l’opinion publique nationale, mais aussi en France où l’arrestation de l’auteur de « 2084, la fin du monde », a été suivie d’une levée de boucliers, en particulier dans les milieux d’extrême-droite. Poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, dont «atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l’économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays », Sansal avait été arrêté le 16 novembre à l’aéroport d’Alger, à son retour de Paris. Quelques semaines auparavant, et dans une interview au média d’extrême-droite ‘’Frontières’’, il avait déclaré que lorsque la France coloniale est arrivée en Algérie, la partie Ouest du pays « appartenait au Maroc ». Et par malchance, son placement
en détention est intervenu dans un contexte de crise diplomatique entre l’Algérie et la France, après la reconnaissance fin juillet 2024, par cette dernière, de la prétendue «marocanité» du Sahara occidental, dans une lettre d’Emmanuel Macron au roi M6. L’acharnement des « amis » de Sansal à réclamer sa liberté, n’a pourtant pas fait trembler les autorités algériennes, ni la justice qui a suivi la procédure ordinaire la plus normale dans l’affaire. Jugé le 20 mars dernier dans une audience publique, Boualem Sansal qui a insisté sur le fait de se défendre seul sans assistance d’avocats, contrairement à ce qui a été rapporté concernant «des pression pour changer son avocat français d’origines juives», a reconnu les propos et écrits qui lui ont été reprochés. Ce qu’il a toutefois, récusé, c’est la qualification qui en est faite, soulignant qu’il s’exprimait « en tant que citoyen » et n’avait nullement pour intention de nuire aux institutions ni à l’Algérie à laquelle il tient. Pour ses échanges avec un ex-ambassadeur de France en Algérie, retrouvés grâce à l’exploitation de son téléphone, l’écrivain naturalisé en 2024 n’a pas nié, mais s’est défendu qu’il exprimait son «bonheur de la stabilité financière et sécuritaire de l’Algérie».
Quoi qu’il en soit, à 76 ans, Boualem Sansal a été jugé comme tout citoyen algérien responsable de ses actes et propos devant la justice. Malgré la lourdeur du réquisitoire (10 ans de prison ferme), il n’en demeure pas moins que la requalification des faits en délits devant la chambre correctionnelle, laisse présager un verdict moins sévère. Pour le bâtonnier d’Alger d’ailleurs, Me Mohamed Baghdadi, plusieurs éléments comptent à savoir «la conduite du dossier, du réquisitoire, la déqualification, l’âge et le fait que le concerné n’ait pas d’antécédents judiciaires» .
Farid B.

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