Perché au cœur de montagnes majestueuses, le cimetière des Chouhada de Besbassa, situé dans la petite localité de Dahouara (wilaya de Guelma), se dresse comme un témoin silencieux des atrocités commises par les forces coloniales françaises il y a 69 ans. Une fresque murale, visible à l’entrée du cimetière, raconte aux générations actuelles et futures le crime contre l’humanité perpétré en ces lieux. Ce crime, qui reste gravé dans la mémoire collective, rappelle le massacre de 365 Algériens, principalement des femmes et des enfants, le mardi 6 mars 1956. Les victimes, tuées de manière barbare, ont ensuite été brûlées dans des cavités de stockage de blé et de provisions, connues sous le nom d’ »El Matmour ».
Chaque année, le 6 mars, des centaines de citoyens de tous âges et de différentes conditions sociales se rendent en pèlerinage à ce lieu sacré. Accompagnés des autorités locales, d’étudiants, d’écoliers et de scouts, ils parcourent une vingtaine de kilomètres de sentiers montagneux pour honorer la mémoire des martyrs. Cette commémoration annuelle est bien plus qu’un simple hommage : elle est un rappel poignant de la brutalité du colonialisme français et de la résistance héroïque du peuple algérien.
Un crime impardonnable
Selon les témoignages des habitants de la région, ce massacre fut une vengeance des forces coloniales après les lourdes pertes subies face aux moudjahidine de l’Armée de Libération Nationale (ALN). La veille du massacre, les combattants de l’ALN avaient remporté une victoire tactique significative contre l’armée française dans les zones de Khemissa (Souk Ahras) et de Bettiha. Ils s’étaient emparés d’un important arsenal militaire, comprenant des mortiers, des bazookas, des fusils, des mitrailleuses et des équipements de communication, avant de se replier vers Besbassa. Cet affrontement coûta la vie à 45 soldats français, dont un officier.
En représailles, les forces coloniales lancèrent une opération de ratissage massive le lendemain, mobilisant 27 avions, dont 15 hélicoptères. Elles bombardèrent les montagnes et les villages avoisinants, avant de rassembler des civils revenant du marché de Hammam N’bails. Ces innocents, arrêtés dans les douars de Krayer, Djafara, Tamla, El Kalb et Fedj Er-Ramoul, furent conduits à Besbassa, où ils furent froidement exécutés. Leurs corps furent ensuite aspergés d’essence et brûlés dans des silos à blé.
Une mémoire vivante
En 2014, lors de travaux de reconstruction du cimetière, les restes de 20 martyrs furent découverts. Ces ossements, enterrés ensemble, témoignent de l’ampleur du massacre et laissent supposer que de nombreux autres corps reposent encore sous terre. Pour les habitants de la région, ces découvertes renforcent la nécessité de perpétuer le souvenir de ce crime odieux, afin que les générations futures n’oublient jamais les sacrifices consentis pour l’indépendance de l’Algérie.
Messaoud Rekik, secrétaire de wilaya de l’Organisation Nationale des Moudjahidine (ONM) à Guelma, a souligné que ce massacre fut une réponse désespérée des forces coloniales à leur défaite face à l’ALN. Il a également rappelé le rôle crucial des 80 soldats algériens enrôlés de force dans l’armée française, qui désertèrent pour rejoindre les rangs de l’ALN. Soutenus par des moussebiline (combattants de l’ombre), ces hommes contribuèrent à la victoire contre l’occupant.
Un héritage de résistance
Le cimetière des Chouhada de Besbassa est bien plus qu’un lieu de recueillement : il est un symbole de la résistance algérienne face à l’oppression coloniale. Les fresques murales, les commémorations annuelles et les récits des survivants perpétuent la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la liberté. Ce lieu sacré rappelle au monde que les crimes coloniaux ne doivent jamais être oubliés, et que la lutte pour la dignité et l’indépendance reste un combat universel.
Aujourd’hui, Besbassa incarne l’esprit de résistance et de sacrifice qui a permis à l’Algérie de se libérer du joug colonial. En marchant sur les sentiers escarpés qui mènent au cimetière, les visiteurs ne rendent pas seulement hommage aux martyrs, ils renouent aussi avec l’histoire d’une nation qui a su triompher de l’injustice par la force de son unité et de sa détermination.
Lotfi.C.

