Trump et le Smart-power :Vision d’un homme d’affaires

Lorsque Donald Trump a prononcé l’expression « Âge d’or de l’Amérique » lors de sa prestation de serment, ces mots résumaient sa vision ambitieuse pour redonner aux États-Unis leur suprématie économique, culturelle et géopolitique d’antan. Selon l’analyste Arslane Chikhaoui, spécialiste réputé des relations internationales, ce mot d’ordre revêt une signification profonde et multidimensionnelle, englobant l’économie, les affaires, mais aussi les valeurs fondatrices et les repères identitaires de la société américaine.Pour atteindre cet objectif de renaissance nationale, la feuille de route du 45e président se décline en plusieurs axes prioritaires.
Sur le front intérieur, Trump entend d’abord restaurer un sentiment de sécurité et de confort au sein de la population, gage de stabilité. Son décret proclamant l’état d’urgence à la frontière sud dès les premières heures de son mandat et sa promesse de déporter jusqu’à 20% des immigrés clandestins en sont l’illustration. Une politique d’immigration revisitée, plus sélective, sera mise en place, privilégiant l’accueil d’une main-d’œuvre qualifiée au détriment d’une intégration massive et incontrôlée.
Sur le plan économique, la stratégie Trump vise à reprendre le contrôle des principales routes maritimes commerciales stratégiques, à commencer par le canal de Panama où transitent 160 millions de tonnes de marchandises américaines annuellement, soit plus du triple du trafic chinois. Renégocier les termes régissant ce passage névralgique est une priorité absolue, tout comme sécuriser la maîtrise d’autres voies maritimes cruciales comme le détroit d’Adan, les corridors africains ou encore le passage du Groenland dans l’Arctique.Face à la puissance économique montante de la Chine, adepte d’une stratégie globale du « Smart Power » alliant hard power militaire et soft power d’influence, Trump optera pour une approche pragmatique. Plutôt qu’une confrontation frontale aux relents de guerre économique, il cherchera à convaincre et rallier Pékin à une forme de « Gentleman’s Agreement », transformant ainsi la rivalité en une coopération constructive et mutuellement bénéfique pour les deux géants.L’Afrique sera un théâtre clé de cette compétition pour l’accès aux ressources naturelles stratégiques. Tandis que le Pentagone conservera un rôle prépondérant dans la lutte antiterroriste et la sécurisation du continent via l’US AFRICOM, Trump se concentrera personnellement sur l’accès aux hydrocarbures, aux minerais rares et aux terres rares convoitées, menaçant même d’acheter le Groenland pour ses réserves en ressources minérales.
Au Moyen-Orient, région instable s’il en est, l’administration Trump devra trancher sur l’épineuse question de la Cisjordanie palestinienne : opter pour son annexion pure et simple par Israël, maintenir un statu quo précaire ou encore lancer un vaste plan de reconstruction à Gaza, un chantier
pharaonique mais potentiellement lucratif pour les géants du BTP et de l’immobilier américains.Plus près de ses bases, en Europe, Trump compte bien profiter des crises politiques, économiques et identitaires traversées par l’Union Européenne pour resserrer les liens avec des partenaires historiques comme la Pologne, plateforme privilégiée pour l’exportation de ses industries de défense et d’armement. Une stratégie qui pourrait se faire au détriment de poids lourds comme l’Allemagne et la France, avec à la clé de potentiels conflits commerciaux si les États-Unis venaient à imposer des taxes punitives sur certains produits européens.Enfin, sur le dossier russo-ukrainien, Donald Trump semble décidé à activer les accords de Minsk avec Moscou, reconnaissant de facto la main mise russe en Ukraine orientale tout en ouvrant la voie à une éventuelle normalisation des relations avec le Kremlin.Économie, diplomatie, défense : à l’aube de son mandat, le 45e président dévoile une feuille de route complexe et ambitieuse pour redonner à l’Amérique son lustre d’antan, n’hésitant pas à bousculer un ordre mondial chamboulé par l’émergence de nouvelles puissances. Si les moyens semblent audacieux, l’objectif de renaissance prôné par Trump fait écho aux idéaux fondateurs d’une nation qui se rêve encore en nation impériale et dominante. Reste à voir si ce rêve d’un nouveau « Âge d’or » se concrétisera ou restera l’ambition chimérique d’un homme d’affaires combatif propulsé à la tête de la première puissance mondiale.
Farid B.

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