L’Algérie produit chaque année plus de 15 millions de tonnes de déchets. Dans ce contexte, plus de 6 400 microentreprises ont obtenu des autorisations pour exercer des activités de collecte, de recyclage et de valorisation des déchets ménagers. Les pouvoirs publics ambitionnent, à moyen terme, de porter à 30% la part des déchets recyclés, a indiqué hier dimanche Hayet Achour, directrice de l’Institut national de formation environnementale. Intervenant sur les ondes de la Chaîne 1 de la Radio nationale, dans l’émission «Invité du matin», elle a précisé que les déchets organiques représentent à eux seuls 54% du volume total produit.
Ces chiffres témoignent, selon elle, du potentiel économique du secteur et des possibilités d’investissement qu’il offre aux jeunes entrepreneurs. L’objectif est de faire des déchets, jusque-là considérés comme une contrainte environnementale, une ressource économique et une matière première susceptible d’être récupérée, valorisée et réintroduite dans le circuit de production. Dans le cadre de l’encouragement à l’entrepreneuriat vert, la responsable a également fait état de l’enregistrement et de l’agrément de plus de 197 autorisations de collecte et de transport des déchets via la plateforme nationale de l’entrepreneuriat environnemental.
Lancée en coordination avec les secteurs et organismes concernés, cette plateforme vise à simplifier les démarches administratives et à permettre aux porteurs de projets de s’informer sur les conditions de création d’entreprise, les dispositifs d’encouragement, ainsi que les possibilités de formation et de
financement. Un programme prévoit par ailleurs le financement de 1 000 jeunes, avec la mise à leur disposition de véhicules à trois roues destinés à la collecte des déchets. Il prévoit également l’accompagnement de microprojets spécialisés dans le recyclage des déchets plastiques et leur transformation en matières premières utilisables par l’industrie.
Hayet Achour a souligné que les porteurs de projets bénéficient de l’accompagnement des dispositifs publics de soutien et de financement, notamment l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (NESDA), l’Agence nationale de gestion du microcrédit (ANGEM), ainsi que le dispositif du statut d’auto-entrepreneur. L’État a, dans ce cadre, mis en place plusieurs mesures incitatives destinées à faciliter la création d’entreprises spécialisées dans la collecte, le tri, le transport et la valorisation des déchets récupérables. Parmi ces mesures, elle a cité le décret exécutif n° 24-61, qui prévoit des exonérations fiscales pouvant aller jusqu’à six ans au profit des jeunes souhaitant créer des entreprises de collecte et de transport des déchets récupérables.
L’accès aux autorisations d’activité auprès des directions de l’environnement a également été facilité.
L’Institut national de formation environnementale assure, de son côté, la formation et l’accompagnement technique des porteurs de projets. Ces formations leur permettent d’acquérir les connaissances nécessaires sur les différentes catégories de déchets, ainsi que sur les techniques de collecte, de tri et de valorisation. Les entreprises peuvent ensuite élargir leurs activités au recyclage et à la transformation, dans le respect des normes environnementales en vigueur. Cette démarche s’inscrit dans une nouvelle orientation de la gestion des déchets, qui consiste à dépasser leur simple élimination ou enfouissement pour les exploiter comme matières premières secondaires dans les activités industrielles et commerciales.
Une évolution consacrée par la loi n° 25-02, modifiant et complétant la loi n° 01-19, a expliqué la responsable.
La réussite de cette stratégie repose toutefois sur le développement du tri sélectif à la source, considéré comme un maillon essentiel de toute la chaîne de valorisation. Le tri facilite la collecte, le transport et le traitement des déchets, tout en garantissant aux entreprises de recyclage des matières premières mieux séparées et plus propres, ce qui améliore leur rendement. À ce titre, Hayet Achour a évoqué les programmes engagés par le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie, en coordination avec le secteur de l’Éducation, afin d’ancrer cette culture dès le plus jeune âge.
Ces initiatives prévoient notamment la mise à disposition de conteneurs spécifiques pour le papier, le plastique et les déchets organiques dans les établissements scolaires, ainsi que l’organisation d’activités pédagogiques autour du recyclage, de la production de compost et de son utilisation dans les jardins
scolaires.
Samira G.
