Le secteur pharmaceutique algérien s’apprête à connaître un tournant réglementaire.
L’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) a dévoilé un projet de rationalisation et de digitalisation de l’accès à l’activité de fabrication de médicaments. Une démarche qui s’inscrit dans la continuité de la politique pharmaceutique nationale, dont l’objectif demeure la construction d’une industrie compétitive, capable de réduire durablement la dépendance du pays aux importations de médicaments et de matières premières.
Au cœur de cette réforme figure la volonté de mieux encadrer l’entrée de nouveaux opérateurs sur un marché déjà occupé par plusieurs producteurs pour certaines catégories de médicaments.
L’Agence entend ainsi éviter la multiplication de projets peu différenciés, qui généreraient une valeur ajoutée limitée tout en continuant de peser sur la facture d’importation des intrants. Une préoccupation légitime dans un pays qui a fait de l’intégration industrielle et de la souveraineté sanitaire une priorité stratégique, notamment depuis la création de l’ANPP en 2021, et qui affiche aujourd’hui un taux de couverture de ses besoins en médicaments dépassant les 80%.Cette orientation trouve un écho favorable auprès des professionnels du secteur, qui reconnaissent la légitimité d’une rationalisation de l’accès au marché.
L’association que préside l’ancien ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, plaide toutefois pour que cette rationalisation s’appuie sur des critères objectifs et mesurables, déjà consacrés par la réglementation en vigueur.
Le taux d’intégration en valeur est ainsi présenté comme l’indicateur le plus pertinent pour apprécier la performance industrielle d’un projet et sa contribution réelle à l’économie nationale, un critère qui permettrait d’évaluer chaque nouveau projet à l’aune de son apport effectif, y compris lorsqu’une forme pharmaceutique donnée est déjà représentée sur le marché.
Les professionnels rappellent par ailleurs qu’un dispositif existe déjà pour éviter que des décisions d’enregistrement inexploitées ne bloquent inutilement l’accès au marché à des projets plus performants.
Lorsqu’un produit enregistré n’est pas effectivement commercialisé ou exporté dans un délai de dix huit mois, l’ANPP conserve en effet la faculté de retirer la décision d’enregistrement correspondante, un mécanisme dont un suivi renforcé permettrait de concilier fluidité du marché et exigence de performance industrielle.
Au delà des ajustements techniques, cette réforme illustre la constance de l’État dans la préservation des équilibres économiques nationaux.
En resserrant les conditions d’accès à un secteur stratégique, les pouvoirs publics réaffirment leur volonté de canaliser l’investissement vers des projets porteurs d’une réelle valeur ajoutée locale, en cohérence avec l’objectif d’une industrie pharmaceutique nationale forte, exportatrice et de moins en moins dépendante des marchés extérieurs.
Une trajectoire qui s’inscrit dans la continuité des efforts engagés ces dernières années, entre modernisation des laboratoires de contrôle, structuration de la filière des principes actifs et diversification des partenariats internationaux, au service d’une souveraineté sanitaire que l’Algérie entend consolider durablement.
Anais G.
Souveraineté sanitaire : L’Algérie resserre les règles d’accès à l’industrie pharmaceutique
