Les rayons qui se vident sans raison, les prix qui s’emballent du jour au lendemain. Ce scénario, devenu presque rituel à chaque tension d’approvisionnement, pourrait bientôt appartenir au passé. Le ministère du Commerce intérieur et le Haut-commissariat à la Numérisation ont franchi, mardi dernier à Alger, une nouvelle étape dans la construction d’un outil censé changer la donne, un système numérique unique, capable de suivre en temps réel ce qui se passe entre les entrepôts des producteurs et les étals des commerçants.
La réunion, la deuxième en quelques jours seulement entre les deux départements, illustre l’urgence dans laquelle le dossier est désormais traité. Autour de la table, les responsables des deux structures ont posé les bases d’une architecture commune : relier les administrations entre elles, identifier qui produit quelle donnée et selon quel rythme, puis garantir que ces informations restent fiables et cohérentes une fois centralisées. L’ambition dépasse la simple collecte de chiffres. Il s’agit de bâtir une chaîne de responsabilités claire, où producteurs, importateurs et distributeurs alimentent chacun le système à leur niveau, sous un contrôle croisé qui doit rendre les manipulations plus difficiles à dissimuler.
Une fois les données remontées et recoupées, l’État disposera d’une photographie nationale des stocks, actualisée en continu plutôt que reconstituée après coup.
C’est précisément cette bascule que les deux responsables ont mise en avant : passer d’une administration qui réagit à la pénurie une fois qu’elle est visible, à une administration qui la voit venir. La traçabilité des produits de large consommation, désormais suivie en temps réel, doit permettre de repérer une rétention de stock ou une rupture suspecte avant qu’elle ne se traduise dans les prix, et donc d’intervenir en amont plutôt que dans l’urgence.
Le pari est aussi économique que politique. En troquant les recoupements manuels contre une plateforme automatisée, les pouvoirs publics espèrent redonner de la prévisibilité à un marché encore
trop souvent otage de mouvements spéculatifs ponctuels.
Reste à savoir si l’interconnexion promise entre ministères, souvent le maillon faible de ce type de projet en Algérie, tiendra ses promesses une fois le système déployé sur le terrain.
A. G.
Pénuries et flambées de prix : La riposte se joue désormais dans la donnée
