Le qui n’était, il y a peu, qu’une préoccupation environnementale parmi d’autres est en train de se muer en l’un des projets d’investissement les plus ambitieux jamais envisagés en Algérie.
Un vaste programme de valorisation énergétique des déchets, évalué à près de 4,4 milliards d’euros, cherche aujourd’hui à s’adosser aux plus grands groupes économiques du pays pour voir enfin le jour.
Les porteurs de l’initiative ont entamé des discussions avec le groupe Cosider, via l’une de ses filiales, ainsi qu’avec le groupe Madar et le Fonds national d’investissement, aux côtés d’un partenaire européen.
L’ambition affichée est de bâtir un dispositif national intégré, capable de collecter, trier, valoriser et transformer les déchets en énergie propre un projet à la croisée des enjeux économiques, environnementaux et sociaux.
Selon des éléments recueillis sur le dossier, les initiateurs du projet ont commencé à le présenter à plusieurs grands acteurs économiques, convaincus qu’une telle ambition nationale ne pourra aboutir qu’en s’appuyant sur des entreprises publiques d’envergure, disposant déjà d’une solide expérience dans la conduite de grands chantiers stratégiques.
Le groupe Cosider figure en tête de ces partenaires pressentis, fort de son passé dans la réalisation d’infrastructures majeures l’autoroute Est-Ouest, le métro d’Alger ou encore les stations de dessalement d’eau de mer autant de références qui en font, aux yeux des porteurs du projet, un allié technique et humain incontournable.
Pour ces derniers, l’implication des grands groupes nationaux ne se limite pas à un simple appui
financier. Il s’agit avant tout de construire un partenariat industriel et technologique durable, permettant d’implanter en Algérie le savoir-faire européen et de transférer les technologies les plus récentes en matière de collecte, de tri, de recyclage et de transformation des déchets en sources d’énergie renouvelable une orientation cohérente avec la stratégie nationale en faveur de l’économie verte et de la transition énergétique.
Concrètement, le projet prévoit la mise en place d’un réseau national de centres de collecte et de tri des déchets, réparti sur l’ensemble du territoire, appuyé par des unités de conversion des déchets ménagers en énergie, fonctionnant grâce à des technologies suédoises et allemandes de dernière génération.
L’objectif est double, réduire le volume de déchets acheminés vers les décharges et limiter les émissions de carbone, tout en préservant les ressources naturelles et en produisant biocarburants, biomasse et énergie propre.
Le programme prévoit également la construction de cinq grandes plateformes de tri et de recyclage, ainsi que cinq unités de conversion énergétique des déchets, pour un investissement global avoisinant les 4,4 milliards d’euros. S’y ajoutent des équipements modernes camions intelligents, unités de tri, centres de traitement et une organisation déployée jusqu’à l’échelle des wilayas et des communes, afin de garantir l’efficacité des opérations de collecte et d’exploitation.
Au-delà de sa dimension écologique, le projet mise sur un impact social considérable, avec plus de 68 000 emplois directs attendus, auxquels s’ajouteraient des milliers de postes indirects dans le transport, la logistique, la maintenance et la formation.
Pour Ahmed Khelkhal, directeur général de la société TBN Proca, à l’origine de l’initiative, tout repose sur ce principe de partenariat avec les grands ensembles industriels nationaux.
Il considère le groupe Cosider comme l’un des alliés les plus déterminants pour donner au projet une véritable impulsion, rappelant que ce groupe public, l’un des plus importants du pays dans le bâtiment, les travaux publics et l’hydraulique, a déjà fait ses preuves à travers des réalisations d’envergure comme l’autoroute Est-Ouest, le métro d’Alger ou les stations de dessalement.
Son implication constituerait, selon lui, un gage de réussite à tous les niveaux, susceptible de transformer durablement la gestion et la valorisation des déchets en Algérie, tout en générant une richesse nationale nouvelle et un véritable bond en avant dans la production d’énergies renouvelables et propres.
Au final, précise Ahmed Khelkhal, l’ambition du projet dépasse la seule rentabilité économique. Il s’agit de bâtir un modèle national moderne de valorisation des déchets, fondé sur une alliance entre secteur public et secteur privé, capable de faire du déchet une véritable ressource économique et une source d’énergie propre plutôt qu’un fardeau environnemental pesant sur les collectivités locales.
Lotfi L.-E.
L’économie circulaire à l’algérienne: Un pari à 4,4 milliards d’euros
