Le décompte macabre s’alourdit à Jijel. Depuis mercredi, les incendies qui ont dévasté plusieurs communes de la wilaya ont fait plus de 75 morts, et des familles entières attendent encore des nouvelles de proches disparus au moment où les flammes ont surpris les habitants dans les zones les plus
exposées. Samedi, les recherches se sont poursuivies sans relâche à travers les villages et mechtas touchés, mobilisant plus d’une centaine d’agents de la protection civile appuyés par une équipe cynotechnique, des chiens dressés, six ambulances et un camion de pompiers, notamment sur le territoire de la commune de Djemaa Beni Habibi, l’une des plus durement frappées.
De son côté, l’Armée nationale populaire a engagé de vastes opérations de ratissage dans les forêts et les hameaux calcinés, à la recherche des personnes encore introuvables.
Pendant que se poursuit la traque des disparus, le deuil s’organise dans une atmosphère funèbre.
Onze corps ont été inhumés samedi après-midi au cimetière d’Ouled Souissi, à El Taher, et vingt autres
victimes ont été enterrées le matin même à Douar El Mesid, dans la commune de Bouraoui Belhadef, en
présence d’une foule nombreuse et des autorités locales.
Ces cérémonies s’ajoutent à celles qui ont marqué la veille plusieurs villages et communes, parmi lesquels Djemaa Beni Habibi, Bordj Taher, Ouled Rabah, Chahna, Taksena et El Ancer.
De retour dans leurs villages après le recul des flammes, des habitants disent le choc devant l’ampleur des dégâts. « Il ne reste plus rien de vivant dans notre village. Nous avons tout perdu : maisons, arbres, plantations, bétail. Même les canalisations d’eau, les fils électriques et le moindre objet ont été détruits », témoigne Mohamed, originaire des environs de Bordj Taher, qui raconte être passé de l’odeur des arbres et de la terre à celle du charbon, des cendres et des carcasses d’animaux calcinées.
À Djemaa Beni Habibi, Slimane, un rescapé, décrit des paysages méconnaissables : « Il y a des endroits où l’on ne reconnaît plus rien. Même les oliviers centenaires, hérités de génération en génération, n’ont laissé que des troncs, malgré leur âge. »Face à l’ampleur de la catastrophe, un immense élan de solidarité s’est mis en place à travers le pays.
Des convois chargés de vivres, de médicaments, de vêtements, de couvertures, de literie et d’eau minérale affluent vers la wilaya, acheminés par les associations locales et les services communaux jusqu’aux zones sinistrées et aux dizaines de centres d’hébergement improvisés, souvent installés dans des établissements scolaires, des centres de formation professionnelle et des maisons de jeunes.
Devant l’afflux des dons, les autorités ont ouvert plusieurs points de collecte, notamment au chef-lieu de wilaya ainsi qu’à El Ancer, Chekfa, El Milia, Ziama Mansouriya, El Taher et au port sec de Chahdia, tous renforcés en moyens humains et matériels.
Le bureau de wilaya de l’Association algérienne de secours humanitaire, en partenariat avec l’association caritative Mohamed Taher Essahli, a mis en place un programme d’intervention rapide couvrant l’ensemble des zones touchées. Son président, Ahcène Boutaleb, a précisé que des convois avaient quitté la wilaya samedi vers dix communes, transportant au total 37 tonnes de produits de première nécessité, d’autres départs étant prévus dans les prochains jours.
Ce dispositif s’articule avec le plan mis en œuvre par le Croissant-Rouge algérien, qui a créé un centre de collecte des aides et des dons au niveau de l’unité principale de la protection civile, appuyé par plusieurs équipes de bénévoles chargées de la distribution aux familles sinistrées.
Plusieurs grands restaurants de la région ont par ailleurs annoncé consacrer désormais leurs services à la préparation de repas destinés aux familles hébergées et aux équipes de la protection civile mobilisées sur le terrain.Sur le front des flammes, les services de la protection civile ont poursuivi samedi leurs interventions pour éteindre plusieurs foyers actifs, à Bousserfane, Gobia et Tefirawen dans la commune de Selma Benziada, à Messa dans la commune de Taksena, à Ghedir El Kebch à Bouraoui Belhadef et au village de Naghra à Ouled Askar.
Le wali de Jijel a réuni les autorités locales pour faire le point sur la situation générale et a annoncé la mise en place de cellules communales associant les secteurs de la santé et de la solidarité, chargées de recenser les dégâts et les sinistrés. Ces cellules ont déjà entamé leur travail en inspectant les lieux d’accueil des familles déplacées, tandis que les maires ont été chargés de créer des points de collecte dans chaque commune, d’accélérer la remise en état des réseaux électriques endommagés et de lancer le recensement du bétail péri dans les incendies.
Anais.G.
Jijel après les incendies: La course contre la montre pour retrouver les disparus
