Ingérence étrangère en libye: Alger, Tunis et Le Caire unis sent leurs voix

Face à une crise libyenne qui s’enlise depuis quinze ans, les trois pays riverains que sont l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte ont décidé de sortir du silence et de l’impuissance apparente. Réunis au Caire jeudi dernier, leurs ministres des affaires étrangères ont acté une position commune sans équivoque : seules les solutions politiques globales, pilotées sous l’égide des Nations unies, permettront de sortir la Libye du chaos. Dans leur déclaration finale, ils ont martelé leur rejet catégorique de toute immixtion étrangère, qu’ils qualifient de facteur aggravant des tensions et de prolongateur artificiel du conflit.
La rencontre tripartite, inscrite dans le cadre du Mécanisme des pays voisins, a permis aux trois chefs de la diplomatie d’écouter le briefing d’Hanna Tetteh, la représentante spéciale de l’ONU à la tête de la Mission d’appui en Libye (MANUL). Ensemble, ils ont exploré les pistes d’un soutien renforcé aux efforts onusiens pour dégager une solution durable.
Les trois pays ont insisté sur la nécessité impérieuse de créer les conditions d’élections présidentielle et législatives simultanées, seule issue capable de répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen.
Les signataires ne se sont pas contentés de belles intentions. Ils ont exprimé leur vive inquiétude face à la détérioration sécuritaire, évoquant sans détour les assassinats politiques et les violences récurrentes.
Ils ont lancé un appel solennel à toutes les factions libyennes pour qu’elles fassent prévaloir l’intérêt national, cessent toute escalade et protègent les acquis de l’État. La préservation du cessez-le-feu et le renforcement de la stabilité dans l’ensemble des régions du pays ont été présentés comme des priorités absolues.
Les ministres ont par ailleurs défendu une approche globale et transversale, liant les volets politique, économique et social, seule à même d’assurer sécurité et prospérité. Ils ont réaffirmé avec force le principe sacro-saint d’une solution «libyo-libyenne», fruit d’un consensus entre toutes les composantes de la nation sans exclusive. Sur le plan militaire, ils ont réitéré leur soutien au comité 5+5, chargé de maintenir le cessez-le-feu et de superviser le retrait-dans des délais précis-de toutes les forces étrangères, combattants et mercenaires présents sur le sol libyen, condition indispensable à l’unification des institutions sécuritaires. Rappelant les liens historiques et fraternels qui les unissent à la Libye, ainsi que leur destin commun, Alger, Tunis et Le Caire se sont engagés à poursuivre leur coordination au sein du mécanisme tripartite, en lien étroit avec l’ONU, la Ligue arabe et l’Union africaine.
La prochaine réunion se tiendra en Algérie, à une date qui sera fixée par les voies diplomatiques, les trois capitales ayant tenu à saluer l’accueil égyptien de cette rencontre fondatrice.
Lotfi L.-E.