Il y a quelque chose de profondément révélateur dans la manière dont la justice algérienne a choisi de qualifier ces trois affaires d’incendie de forêt.
Ce ne sont pas de simples faits de négligence, ni même de vandalisme ordinaire, que le Pôle pénal national de lutte contre le terrorisme a décidé de poursuivre, ce sont des actes subversifs, une catégorie pénale qui, à elle seule, dit tout de la lecture que fait l’État de ces incendies survenus à Sétif et
à Tizi Ouzou. Ce choix de qualification n’est pas anodin. En associant l’article 87 bis du Code pénal, qui réprime les actes terroristes et subversifs, à l’article 138 de la loi relative aux forêts, le parquet ne traite plus le feu de forêt comme un fait divers estival, mais comme une arme de déstabilisation.
Et le dossier de Tizi Ouzou vient nourrir directement cette lecture : l’un des suspects, selon le communiqué judiciaire, aurait reconnu être sympathisant du MAK, mouvement classé organisation terroriste par les autorités algériennes. Ce détail, à lui seul, transforme une affaire de broussailles brûlées en un dossier à connotation politique et sécuritaire.
Ce qui frappe aussi, dans le déroulé de ces trois affaires, c’est la rapidité et la précision de l’appareil probatoire mobilisé.
Un suspect arrêté en flagrant délit par des citoyens eux-mêmes, une séquence vidéo documentant l’acte, une expertise scientifique confirmant la présence des mis en cause sur les lieux du sinistre, l’enquête, menée conjointement par la Brigade de recherche et d’intervention de la sûreté de Tizi Ouzou et le service de recherche de la Gendarmerie nationale de Sétif, semble avoir voulu verrouiller chaque maillon de la chaîne pénale avant même la mise en détention provisoire des quatre individus.
Reste la question que chacun se pose, et qu’il faut poser avec la prudence qu’exige tout dossier encore entre les mains de la justice : que risquent réellement ces suspects ?
La loi algérienne prévoit, pour les actes qualifiés de terroristes ou subversifs ayant mis en danger la vie d’autrui, des peines qui peuvent aller jusqu’à la réclusion à perpétuité, voire, dans certaines configurations aggravées prévues par le Code pénal, la peine capitale. Mais il serait à la fois prématuré et juridiquement infondé d’anticiper aujourd’hui l’issue de ce procès, ou d’évoquer un quelconque transfert vers une zone d’éloignement comme le Tanezrouft, une pratique qui ne relève d’aucun texte connu et qui n’a, à ce stade, aucun fondement dans le dossier tel qu’il a été communiqué par le parquet. Ce que cette affaire révèle surtout, c’est une doctrine qui se précise, celle d’un État qui refuse désormais de
traiter les feux de forêt comme une fatalité climatique, et qui choisit d’y voir, quand les preuves le permettent, la main d’acteurs déterminés à frapper le territoire national par le feu.
Une chose est sûre, le message judiciaire, lui, est sans ambiguïté, quiconque s’attaque au patrimoine forestier de l’État s’expose désormais à la sévérité maximale que la loi antiterroriste autorise.
Farid B.
Feux de forêt et subversion: Quand le brasier devient une arme politique
