Disparition de Mahfoud Aïder: La bande dessinée algérienne perd l’un de ses pères fondateurs

Le dessinateur, scénariste et caricaturiste Mahfoud Aïder s’est éteint jeudi dernier, laissant derrière lui près de soixante ans d’une œuvre qui a façonné le neuvième art algérien.
Il avait été inhumé le jour même, après la prière du dohr, au cimetière de Sidi Yahia à Alger, entouré de sa famille et de ses proches. Né à Alger au début des années 1950, Aïder manifeste très tôt une vocation pour le dessin. Sa carrière prend son envol lorsqu’il remporte un concours national de bande dessinée à la fin des années 1960, une distinction qui le conduit vers la revue M’Quidèch, pépinière historique où ont émergé plusieurs grands noms de la BD nationale.
C’est dans ses pages qu’il donne naissance à Kouider, l’un des personnages fondateurs de la première génération de héros dessinés algériens.
Au fil des décennies, Aïder enrichit son univers créatif avec Sindbad le Marin, réinterprété à sa manière, et Kalitous Lazhar, plongée dans le récit historique.
Son personnage de Houria, destiné à la jeunesse, connaît une popularité particulière l’épisode Houria et le pot au miel sera intégré aux manuels scolaires, offrant à plusieurs générations d’élèves leur première rencontre avec son trait si reconnaissable. Au-delà de la bande dessinée, Aïder marque durablement la presse satirique algérienne. Il compte parmi les fondateurs du journal El Manchar, où le dessin devient un instrument d’observation et de commentaire de l’actualité. Un trait précis, expressif, toujours au service d’un regard humain sur la société. Discret sur le plan médiatique, Aïder n’en reste pas moins un acteur essentiel de la transmission artistique, présent dans les festivals, membre puis président de jurys, il a accompagné l’éclosion de nouveaux talents et contribué à faire reconnaître la bande dessinée comme un art à part entière.
La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a salué la mémoire d’une figure emblématique de l’histoire de la caricature et de la bande dessinée en Algérie, rappelant son parcours au sein de M’Quidèch et son rôle de fondateur d’El Manchar. L’écrivain Lazhari Labter, auteur de plusieurs ouvrages sur le 9e art algérien, a de son côté salué un homme de grande culture et un «scénariste doué, bédéiste et caricaturiste de grand talent», présent dans toutes les grandes aventures de la BD nationale depuis près de six décennies une perte qu’il juge irremplaçable. Avec sa disparition, c’est toute une génération de bâtisseurs du neuvième art algérien qui s’efface un peu plus, laissant en héritage un imaginaire national façonné avec humour, poésie et intelligence.
Amina S.