L’expert Abdelkader Slimani a dressé un constat sans appel sur l’ampleur de la crise que traverse le régime marocain, accusant le Makhzen d’instrumentaliser la détresse de son propre peuple pour exercer une pression sur l’Espagne, après le passage de près de 60 000 migrants clandestins vers l’enclave de Ceuta en l’espace de deux jours seulement.
Dans une déclaration à l’APS, M. Slimani a affirmé que le régime marocain est coutumier de «tous les procédés les plus vils» pour préserver ou arracher des acquis illégitimes, en particulier en agitant la carte de la migration irrégulière comme levier de pression sur Madrid, quitte à «mettre en péril la vie d’un peuple livré à son sort».
Il a évoqué les images relayées par plusieurs médias internationaux, montrant des dizaines de familles marocaines se ruant vers l’Espagne sous le regard des forces de sécurité marocaines, qu’il accuse d’avoir sciemment facilité le passage de milliers de personnes vers Ceuta afin de «tordre le bras à
l’Espagne». Selon l’expert, plusieurs vidéos apporteraient la preuve, images et sons à l’appui, d’une implication directe des forces de sécurité marocaines dans cet afflux massif vers Ceuta et Melilla, s’ajoutant à des témoignages de citoyens marocains affirmant avoir été acheminés depuis diverses villes du royaume, à bord de camions et d’autobus, pour prendre d’assaut la clôture frontalière.
Autant d’éléments qui, selon lui, confirment qu’il s’agit d’une opération orchestrée de bout en bout par le Makhzen, recourant à une méthode déjà éprouvée quitte à exposer ses propres citoyens au danger.
«L’évasion massive de milliers de Marocains, jeudi et vendredi, est intervenue avec l’aval du régime du Makhzen et en présence des autorités publiques et des services de sécurité qui ont facilité le passage des migrants», a-t-il insisté.
Une société marocaine à bout de souffle, prise entre pauvreté et restriction des libertésL’analyste s’est longuement attardé sur la situation sociale qu’il qualifie de catastrophique au Maroc, marquée selon lui par une pauvreté grandissante, une érosion continue du pouvoir d’achat, une hausse du chômage et de l’inflation, ainsi que des atteintes répétées aux droits et libertés des citoyens, y compris des expropriations. Face à l’accumulation de ces crises et à une colère populaire de plus en plus perceptible, le citoyen marocain serait aujourd’hui, selon M. Slimani, «à la recherche de la moindre opportunité pour fuir le royaume de la pauvreté», comme l’illustreraient, selon lui, les scènes observées à Ceuta ces derniers jours. L’expert va plus loin en affirmant que le régime marocain «dirige les réseaux de traite des êtres humains et les réseaux internationaux de trafic de drogue», et qu’il se servirait également des migrants originaires d’Afrique subsaharienne comme monnaie d’échange dans ses rapports de force avec l’Espagne et l’Union européenne. Il conclut sur un jugement sans nuance : «Le monde sait désormais que le Maroc est un État voyou qui foule aux pieds toutes les lois pour servir ses intérêts, quitte à porter atteinte à la souveraineté d’un autre État.» .
Lotfi L.-E.
Crise de Ceuta: Le Makhzen pointé du doigt
