COP31: Ce que l’ONU attend concrètement de l’Algérie

L’Algérie a fait ses devoirs climatiques. Reste à savoir si elle saura les mettre en pratique.
C’est en substance le message porté par Savina Claudia Ammassari, ambassadrice et coordinatrice résidente du Système des Nations unies en Algérie, lors d’une rencontre organisée par la ministre de l’Environnement et de la Qualité de vie pour préparer la participation algérienne à la COP31.
Le constat de départ ne souffre aucune ambiguïté : ni la désertification, ni le stress hydrique, ni les incendies de forêt ne relèvent plus du scénario catastrophe à venir. Ces phénomènes frappent déjà l’agriculture, la santé publique et les infrastructures du paysun pays que sa position à cheval entre Afrique, Méditerranée et Sahara expose plus que d’autres.
Et ce sont invariablement les mêmes qui trinquent en premier : petits agriculteurs, femmes, jeunes, populations rurales déjà fragilisées par le manque d’eau.
D’où l’avertissement de la diplomate : le climat n’est pas un sujet de spécialistes, mais un fil qui traverse
l’économie, l’emploi et la justice sociale dans leur ensemble.
Sur le papier, l’Algérie a pourtant de quoi se targuer d’un dossier solide. Sa nouvelle Contribution déterminée au niveau national vise une réduction de 14% des émissions à l’horizon 2035 un objectif qui pourrait grimper jusqu’à 31% si les financements et les technologies suivent.
Une ambition que Mme Ammassari a qualifiée de très belle, tout en glissant l’essentiel : le plus dur commence maintenant, avec la mise en œuvre effective de ces engagements.
Pour y parvenir, la coordinatrice a esquissé une méthode en quatre volets, sans jamais quitter le terrain du concret. Faire du climat un réflexe dans chaque secteur de l’action publique, d’abord, en associant ministères, collectivités et société civile.
Donner à l’adaptation les mêmes moyens qu’à la réduction des émissions, ensuite l’eau restant à ses yeux l’exemple le plus parlant, entre dessalement, réutilisation des eaux usées et protection des nappes phréatiques, un domaine où elle a salué la créativité des jeunes entrepreneurs algériens croisés à New York. Faire de la transition un gisement d’emplois, également, dans les renouvelables, l’hydrogène vert ou l’agriculture intelligente, en associant pleinement jeunes et chercheurs plutôt que de les cantonner au rôle de bénéficiaires.
Transformer enfin les priorités climatiques en projets réellement finançables. Car c’est bien là que le bât blesse : la trajectoire algérienne nécessite 24 milliards de dollars d’ici 2035, auxquels s’ajoute plus d’un milliard par an pour la seule adaptation. Des sommes qui ne tomberont pas du ciel et supposent un accès facilité aux grands fonds climatiques internationaux Fonds vert, Fonds pour l’environnement mondial, Fonds pour l’adaptation ainsi qu’un portefeuille de projets suffisamment solide pour convaincre les bailleurs, un chantier sur lequel les Nations unies, via des agences comme la FAO, disent déjà accompagner l’Algérie. Rendez-vous est pris pour la COP31.
Lotfi L.-E.