Aux Rencontres d’Arles (france): Katia Kameli fait rayonner la mémoire algérienne à travers «Le Roman algérien»

C’est une œuvre algérienne, née d’un regard franco-algérien porté sur l’histoire de l’Algérie, qui s’impose cette année parmi les temps forts des Rencontres d’Arles. Katia Kameli y dévoile le quatrième chapitre d’un projet au long cours entamé il y a près de dix ans, Le Roman algérien Et l’histoire se répète, présenté dans l’église Saint-Blaise. À travers archives, cinéma et récits intimes, l’artiste compose une mémoire polyphonique qui replace l’Algérie, son histoire et ses femmes résistantes au cœur du dispositif.
Depuis son premier volet dévoilé en 2016, Le Roman algérien s’est construit comme une enquête continue sur les représentations de l’Algérie, refusant toute vision figée ou extérieure de son histoire. Chaque nouveau chapitre ajoute un fragment, déplace le regard, réactive des images restées en suspens.
«Le Roman algérien est une œuvre en mouvement : il se déploie de manière aléatoire, au fur et à mesure que les protagonistes le font avancer, par les récits qu’ils invoquent, se remémorent, reconstituent à partir d’images», explique l’artiste. Plus qu’un film ou une exposition, l’ensemble forme un organisme vivant, capable d’absorber aussi bien les événements politiques que les rencontres fortuites, à l’image d’une Algérie dont la mémoire ne cesse de se réinventer.

Les résistantes d’hier à l’écran d’aujourd’hui
À Arles, ce cheminement prend un tournant particulièrement fort en se concentrant sur la figure de Assia Djebar, écrivaine, cinéaste et l’une des plus grandes penseuses de la mémoire algérienne.
Elle devient le fil conducteur de ce chapitre, construit à partir du scénario de La Nouba des femmes du mont Chenoua (1977).
Loin d’un simple hommage patrimonial, Katia Kameli choisit d’entrer en dialogue avec une écriture où le passé algérien ne cesse de resurgir dans le présent, prolongeant le geste d’une cinéaste partie sur les traces des femmes qui ont résisté pendant la guerre d’indépendance.
En tissant ensemble les paroles, les chants et les gestes de plusieurs générations de femmes algériennes, l’artiste construit, selon ses mots, «un récit polyphonique vivant dans lequel les histoires intimes et collectives se mêlent aux complexités et violences du passé colonial et des années noires».
Cette continuité entre les générations irrigue toute l’installation.
Dans l’église Saint-Blaise, les projections font dialoguer les images du film de Assia Djebar avec des archives familiales tournées en Super 8, des images captées en mini-DV dans les années 1990 et 2000, ainsi que des séquences plus récentes filmées par la propre fille de l’artiste.
Loin de simplement juxtaposer les époques, le dispositif les fait coexister : les gestes se répètent, les visages algériens se répondent d’une décennie à l’autre, les souvenirs circulent de génération en génération. En réunissant ces matériaux dans un même espace, Katia Kameli affirme une conviction que porte tout le projet : la mémoire algérienne n’est jamais un passé clos, mais un mouvement vivant de transmission, à l’image d’un pays qui continue d’écrire son propre récit, y compris depuis les grandes scènes artistiques internationales.
Amina A.