Alger renoue avec sa mer: La promenade de la Pêcherie prend forme

Longtemps tournée le dos à sa propre façade maritime, Alger est en train de rattraper ce rendez-vous manqué. Un chantier discret, mais d’une ampleur considérable, avance actuellement dans la basse Casbah: la promenade de la Pêcherie, l’un des projets les plus structurants du renouveau du front de mer algérois.
La wilaya d’Alger vient de publier un communiqué illustré faisant le point sur l’avancement des travaux, et les images parlent d’elles-mêmes : une esplanade monumentale de 16 000 mètres carrés sort progressivement de terre. Cette esplanade constitue le cœur du projet. Elle est pensée pour relier le boulevard Che Guevara à la mer, créant un espace de transition entre la vieille ville historique et le littoral une continuité urbaine qui n’a jamais existé jusqu’ici, tant les infrastructures portuaires ont longtemps coupé la Casbah de son horizon maritime.
Ce n’est pas un simple aménagement paysager : c’est un ouvrage d’envergure, destiné à réconcilier physiquement deux Alger qui s’ignoraient. Mais l’ambition du projet ne s’arrête pas en surface.
Sous terre également, les choses avancent : les travaux prévoient de relier la Place des Martyrs aux galeries basses du port, dessinant un véritable corridor piéton continu, du cœur de la Casbah jusqu’au bord de mer. À terme, un visiteur pourra descendre depuis la médina, traverser ce passage souterrain à l’abri de la circulation, et déboucher directement face à la Méditerranée.
C’est cette logique de parcours ininterrompu, de la ville haute jusqu’à l’eau, qui distingue ce chantier des autres opérations d’embellissement engagées dans la capitale.
Le projet ne sort pas de nulle part. Dès mars 2026, le wali d’Alger, Mohamed Abdennour Rabehi, en avait posé les grandes lignes lors d’une visite de terrain, inscrivant cette esplanade parmi les priorités du Plan Bleu, la feuille de route de modernisation du littoral algérois.
Il avait alors demandé une accélération des travaux, ainsi qu’une étude pour prolonger l’aménagement jusqu’à la place Port-Saïd.
Le communiqué publié hier mercredi confirme que les engagements pris à l’époque sont bel et bien tenus. La Pêcherie ne constitue d’ailleurs qu’une pièce d’un puzzle plus vaste. Elle s’articule avec la route côtière touristique de 14,5 kilomètres, qui doit relier l’Oued El Harrach à Tamentfoust, et avec le Parc de l’Indépendance, cet axe vert reliant le Mémorial du Martyr au parc des Sablettes en traversant la Villa Abdellatif, le Musée des Beaux-Arts et le Jardin d’Essais de la Hamma dont les terrasses panoramiques sur la baie étaient déjà achevées en juin dernier. Pris séparément, chacun de ces chantiers pourrait sembler ponctuel. Mis bout à bout, ils dessinent une même intention : celle d’une capitale qui, après des décennies de rupture avec son littoral, choisit enfin de s’y retourner.
Anais G.