Au sud du Sahara, une relation d’un genre nouveau se dessine entre Alger et Niamey, fondée moins sur les discours de solidarité que sur des intérêts concrets et partagés.
Le sous-sol nigérien, longtemps convoité et pillé par des jeux d’influence extérieurs, devient aujourd’hui le terrain d’une coopération que les deux capitales présentent comme un modèle alternatif : celui du bénéfice mutuel et du transfert de savoir-faire, plutôt que de l’extraction à sens unique.
Le Niger cumule les fragilités : classé parmi les nations les plus pauvres au monde, dernier de l’indice de développement humain, il constitue aussi l’un des principaux points de passage des migrants d’Afrique de l’Ouest et centrale vers le Maghreb.
Pendant des décennies, ses richesses souterraines, l’uranium en tête, ont alimenté des circuits où se mêlaient intérêts étrangers et complicités locales, laissant peu de marge de manœuvre à Niamey pour orienter ses propres choix économiques. C’est dans cet espace que l’Algérie a choisi de s’inscrire, non comme un acteur parmi d’autres venu profiter de la manne pétrolière, mais comme un partenaire revendiquant l’accompagnement de la souveraineté nigérienne sur ses ressources.
Le retour de Sonatrach dans le nord du pays en est l’illustration la plus tangible, avec le lancement du forage d’exploration «Kafra Est-Sud Un» dans la région d’Agadez, une opération technique visant une profondeur de 3 900 mètres.
Les réserves préliminaires de cette zone sont évaluées à environ 260 millions de barils de brut un gisement dont les forages en cours doivent encore confirmer la rentabilité et les taux de récupération.
C’est Sonatrach, à travers sa filiale Enafor, qui pilote ces travaux, dans un partenariat qui dépasse le seul forage : recherche sismique, traitement des données géologiques, réalisation de puits pétroliers et gaziers mobilisent l’expertise algérienne à toutes les étapes de la chaîne d’exploration et de production.
Trois protocoles d’accord signés en juin dernier entre les filiales de Sonatrach et la société pétrolière nationale du Niger ont formalisé cette coopération : création d’une coentreprise dédiée aux travaux de forage, collaboration sur les données sismiques et les produits pétroliers, formation et transfert de compétences. Avec une production actuelle d’environ 110 000 barils par jour, majoritairement exportée via un oléoduc transitant par le Bénin, le Niger voit dans ce partenariat une occasion de diversifier ses sources de revenus et de développer les filières connexes — transport, logistique, services pétroliers, stockage et distribution.
Le volet formation occupe une place particulière dans ce dispositif, l’Algérie affichant sa volonté d’intégrer les cadres et ingénieurs nigériens à chaque maillon de la chaîne, plutôt que de se limiter à une présence purement technique.
L’engagement algérien ne se limite pas au secteur pétrolier. L’Agence algérienne de coopération internationale a initié plusieurs projets au Niger touchant à l’énergie, à l’éducation, à la santé et à la formation, parmi lesquels une centrale électrique d’une capacité de 40 mégawatts à Niamey, ainsi que des infrastructures scolaires et sanitaires et des centres de formation professionnelle. Ces avancées revêtent une portée stratégique pour les deux pays.
Le Niger représente pour l’Algérie une profondeur stratégique et sécuritaire de premier ordre, les deux nations étant reliées par une frontière longue de près de 959 kilomètres.
La coordination sécuritaire et militaire s’est d’ailleurs intensifiée ces derniers mois, se traduisant notamment par une aide logistique et la livraison de quatre hélicoptères.
Ce rapprochement traduit une évolution de fond dans l’approche algérienne de son voisinage africain : d’une posture longtemps centrée sur la présence politique et l’aide au développement, Alger semble désormais vouloir bâtir des intérêts tangibles sur le terrain, à travers l’investissement dans l’énergie, les infrastructures, le transfert technologique et la formation.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional marqué par l’activisme de puissances extérieures cherchant à étendre leur influence au Sahel des mouvements que certains observateurs interprètent comme le prolongement d’agendas étrangers cherchant à reprendre pied dans la région par des voies détournées. Reste que les relations algéro-nigériennes ont connu, par le passé, des retournements soudains. Un rappel que la pérennité de cette coopération économique et sécuritaire dépendra aussi de la capacité des deux partenaires à maintenir le cap sur la durée.
Fateh H.
Algérie-Niger: Quand l’énergie devient le socle d’une nouvelle diplomatie sahélienne
