Le soleil ne manque pas en Algérie. Ni l’espace, ni la proximité géographique avec les marchés européens.
Ce que le pays doit désormais démontrer, c’est sa capacité à transformer ces atouts naturels en projets bancables, raccordés et livrés dans les délais.
C’est le constat que dresse un rapport du de la revue spécialisée PV Magazine, consacré à l’état du marché solaire algérien et aux obstacles qui séparent encore les ambitions affichées de leur concrétisation.
L’analyse, nourrie par un échange organisé par l’association professionnelle MESIA (Middle East Solar Industry Association), part d’un constat simple : l’Algérie réunit tous les ingrédients naturels d’une grande puissance solaire, mais la vraie bataille se joue désormais sur le terrain économique et réglementaire plutôt que sur celui des ressources.
Le système énergétique national reste structurellement dépendant du gaz naturel, à la fois pilier de la consommation intérieure et principale source de recettes d’exportation.
C’est précisément cette dépendance qui, selon Boukhalfa Yaïci, à la tête du groupement des énergies vertes en Algérie, donne tout son sens à la bascule vers le renouvelable.
Chaque mégawattheure produit par le soleil ou le vent équivaut, selon lui, à un mégawattheure de gaz économisé, susceptible d’être redirigé vers l’exportation ou vers des usages industriels à plus forte valeur ajoutée.
Une lecture qui place la transition énergétique moins sur le terrain écologique que sur celui de la souveraineté et du calcul économique.
Le programme national vise 15 gigawatts de capacité photovoltaïque, dont environ 3,2 gigawatts sont aujourd’hui en cours de réalisation dans le Sud et sur les Hauts Plateaux.
Un chiffre à mettre en regard d’une réalité têtue : le gaz naturel continue de couvrir la quasi-totalité de la production électrique du pays, alors que la demande intérieure ne cesse de croître. Dans ce contexte, la rapidité d’exécution et l’accès au financement deviennent des variables déterminantes pour la réussite du programme.
Jusqu’ici, le marché algérien a reposé sur un modèle où Sonelgaz finance et réalise elle-même les projets avant de les mettre en concurrence. Une formule qui a permis de lancer les premières installations, mais qui fait peser une charge financière lourde sur les finances publiques.
Le rapport suggère qu’un passage à l’échelle supposerait un recours accru aux producteurs indépendants d’énergie, à des contrats d’achat d’électricité de long terme, et à des mécanismes contractuels plus lisibles pour attirer les capitaux privés.
Au-delà du financement, c’est tout un écosystème réglementaire qui conditionne la pérennité des projets sur leur durée de vie, comprise entre vingt et trente ans : délivrance des permis, disponibilité du foncier, facilité de raccordement au réseau, transparence des appels d’offres, consolidation des partenariats locaux.
Le rapport insiste particulièrement sur l’état du réseau électrique, dont la modernisation lignes de transport, postes, capacités de stockage doit avancer au même rythme que les projets de production, sachant que les meilleures ressources solaires se situent souvent loin des bassins de consommation.
Le stockage par batteries est présenté comme l’un des chantiers majeurs des prochaines années, indispensable pour lisser la production vers les heures de pointe, stabiliser le réseau et alimenter les zones industrielles ou les sites isolés du grand Sud.
Le choix des technologies devra lui aussi s’adapter aux contraintes locales chaleur, poussière, humidité en intégrant des critères allant au-delà du seul rendement initial des panneaux : taux de dégradation, performance des modules bifaciaux, systèmes de suivi solaire, stratégies de nettoyage.
Sur le plan industriel, le programme impose un taux d’intégration locale de 35%, avec une implication croissante des entreprises algériennes d’ingénierie et de construction. Un objectif dont la réussite dépendra du développement de compétences techniques durables, de la formation de la main-d’œuvre et de partenariats industriels inscrits dans la durée.
Le rapport évoque enfin l’hydrogène vert comme perspective à plus long terme, à travers l’initiative GECA, qui ouvrirait la voie à un déploiement des renouvelables au-delà du seul objectif des 15 gigawatts le photovoltaïque restant la technologie de référence.
Sa concrétisation reste toutefois suspendue à trois conditions : une énergie renouvelable à coût compétitif, un financement pérenne, et des infrastructures de réseau et d’exportation à la hauteur des ambitions. Au final, le message du rapport est clair, l’Algérie n’a plus à prouver qu’elle a le potentiel solaire. Elle doit désormais prouver qu’elle sait le transformer en marché.
Samira A.
Transition énergétique: Le pari photovoltaïque national
