Les forteresses médiévales du Sud-Liban aux savanes du Soudan du Sud, en passant par un site archéologique de Crimée, la liste du patrimoine mondial en péril de l’Unesco s’apprête à s’étoffer d’une trentaine de nouvelles candidatures. Réunis à Busan, en Corée du Sud, les 196 États membres de l’organisation onusienne examineront à partir de demain lundi ces dossiers destinés à rejoindre les plus de 1 200 sites déjà inscrits, dans un contexte où la multiplication des conflits armés et l’aggravation des menaces environnementales redessinent la carte du patrimoine mondial menacé.
Trois d’entre eux feront l’objet d’une procédure d’urgence, permettant une double inscription simultanée sur la liste du patrimoine mondial et sur celle du patrimoine en péril.
Deux se situent au Moyen-Orient : le site archéologique de Sébastia, l’antique Samarie biblique du nord de laCisjordanie occupée, que l’entité sioniste convoite depuis des années pour son potentiel touristique, et les cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban, région meurtrie par les bombardements israéliens depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Parmi eux, la forteresse de Beaufort, vestige emblématique de l’époque des Croisades, conquis fin mai par l’armée israélienne, avait déjà servi de base militaire durant les deux décennies d’occupation du Sud-Liban qui ont pris fin en 2000.
Le troisième dossier d’urgence marque une première : celui du Soudan du Sud, qui fera son entrée au patrimoine mondial avec les savanes de Boma-Badingilo, vaste étendue de 37 500 kilomètres carrés entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, où se déploie la plus grande migration terrestre de mammifères au monde. Un site que le conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d’opposition, conjugué au réchauffement climatique, place d’emblée sous haute vigilance.
Loin d’être une sanction, l’inscription sur la liste en péril vise avant tout à mobiliser financements, partenaires et attention internationale, afin d’offrir aux sites concernés une protection renforcée.
D’autres candidatures viendront étoffer la liste des biens en péril, à l’image de Tyr, l’antique cité phénicienne du sud du Liban frappée ces derniers mois par les bombardements israéliens, ou encore de la cité antique de Chersonèse Taurique et de sa chôra, en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014, aujourd’hui affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d’artefacts. En Ukraine, la guerre continue de ravager le patrimoine local : la cathédrale de la Dormition, à Kiev, touchée par une frappe aérienne russe en juin, en est le dernier symbole endommagé.
Amina S.
Le patrimoine mondial à l’épreuve des guerres: L’Unesco s’apprête à classer une trentaine de sites en péril
