Face à des technologies qui bouleversent déjà les équilibres du monde, le chef de l’ONU a choisi Genève pour lancer un appel solennel. Antonio Guterres a exhorté hier lundi la communauté internationale à bâtir une gouvernance mondiale «pensée et organisée» de l’intelligence artificielle, plutôt que de laisser l’avenir de l’humanité se décider au hasard des évolutions technologiques. S’exprimant à l’ouverture du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA, un nouveau forum intergouvernemental coordonné par les Nations unies, le secrétaire général a mis en garde contre des systèmes désormais capables d’écrire du code, d’agir en ligne et de prendre des décisions avec de moins en moins de supervision humaine. Selon lui, ces technologies évoluent à une vitesse que les institutions chargées de les encadrer peinent à suivre, et certaines limites, une fois franchies, ne pourront plus être rétablies.
Guterres a identifié trois risques majeurs : la rapidité effrénée du développement de l’IA, la concentration de ses capacités entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises et d’États, et la menace que représentent les contenus générés par ces systèmes pour l’intégrité de l’information.
Il a appelé à fonder la gouvernance future sur quatre priorités, la sécurité, le respect des droits humains, le renforcement des capacités des pays en développement et la transparence.
Le secrétaire général a également annoncé la préparation d’un engagement international pour la sécurité des enfants face à l’intelligence artificielle, destiné à imposer des tests avant tout déploiement de systèmes accessibles aux plus jeunes, ainsi qu’un futur Fonds mondial pour l’IA visant à éviter que la fracture numérique ne se double d’une fracture technologique entre pays riches et pays en développement. Il a enfin réservé ses mots les plus fermes à l’usage militaire de l’intelligence artificielle, qualifiant de moralement inacceptable le recours à des systèmes d’armes autonomes capables de sélectionner une cible et de l’attaquer sans intervention humaine, un usage qu’il juge urgent d’interdire par le droit international. Pour Guterres, l’humanité vit peut-être la dernière génération en mesure de fixer les termes de sa coexistence avec les machines, une responsabilité qui, selon lui, ne laisse plus de place à l’improvisation.
Malik M.
Depuis genève: Guterres appelle à une gouvernance mondiale de l’IA
