Il y a dans les toiles de Sid Ali Lebza quelque chose qui ressemble à une déclaration d’amour, patiente, documentée, sincère. Visible jusqu’au 15 juillet à la galerie Couleurs et patrimoine d’Alger, son exposition «Point d’ancrage» déroule une traversée de l’âme algérienne à travers une palette généreuse et un style figuratif maîtrisé qui ne sacrifie jamais la rigueur à l’émotion, ni l’émotion à la rigueur.
La fantasia ouvre le bal. Réalisée à l’huile, au couteau ou au pinceau selon l’effet recherché, chaque toile restitue la poudre, la cadence et la fierté d’un art équestre ancestral que Lebza affectionne depuis toujours.
Les tenues reproduites sur les cavaliers sont celles de plusieurs régions du pays, une façon de rappeler que la fantasia n’appartient pas à un seul terroir mais à toute une civilisation.
Cavalier de Tiaret, Fantasia algérienne, La cadence : les titres sonnent comme des coups de sabot sur la terre sèche. Viennent ensuite le chardonneret, cet oiseau aimé des Algériens qu’immortalisa Mohamed El Badji dans El Meqnin Ezzine, représenté en vol, posé sur un chardon ou associé à un bijou berbère dans quatre toiles d’une finesse remarquable. Puis les femmes, présentes à travers le haïk algérois et le karakou sublimés dans des compositions où elles existent par leur port autant que par leur visage.
Une nature morte complète ce voyage patrimonial en réunissant dans un seul cadre le luth andalou, le plateau en cuivre constantinois et la poterie amazighe, trois objets, trois civilisations, une seule Algérie.
Deux toiles abstraites, Poisson rouge et L’instinct, ménagent une pause bienvenue au fil du parcours, ce que l’artiste appelle lui-même «une halte au milieu d’une série de tableaux», où la couleur se libère du détail et l’imagination reprend ses droits.
Diplômé des Beaux-Arts d’Oran en 1996 et passé notamment par le projet international Imago Mundi à Dubaï en 2013, Sid Ali Lebza a construit au fil des décennies un univers où la tradition populaire n’est jamais folklorique et la modernité jamais gratuite. «Point d’ancrage» en est une belle démonstration.
A. S.
Exposition: Sid Ali Lebza jette l’ancre dans le patrimoine algérien
