Dans un discours fort porté devant les dirigeants du G20 réunis ce week-end à Johannesburg, l’Algérie, représentée par le Premier ministre Sifi Ghrieb, a livré un plaidoyer puissant pour une refonte en profondeur de l’architecture financière internationale et une solidarité active avec les peuples du Sud, en première ligne des crises mondiales.
Le message du Président Abdelmadjid Tebboune, lu par le chef du gouvernement, a immédiatement placé l’urgence de la question de la dette au cœur des débats. «Les pays en développement et les plus pauvres ne sont plus en mesure de supporter le fardeau de la dette et de son service», a-t-il affirmé,
sonnant l’alerte sur une crise qui étouffe les économies les plus vulnérables.
Une approche radicale pour une crise structurelle
Face à ce constat sévère, l’Algérie n’a pas seulement diagnostiqué le mal, elle a proposé une médecine forte. L’appel algérien est sans équivoque : il faut une «approche globale» incluant non pas un simple rééchelonnement, mais l’effacement pur et simple d’une partie de la dette ou sa conversion en inv
estissements directs au profit des nations concernées. Cette proposition audacieuse vise à briser le cycle infernal de l’endettement et à libérer des ressources pour le développement. Cette vision s’accompagne d’une revendication claire : la réforme des institutions financières internationales, comme le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.
Le Président Tebboune a annoncé le ralliement de l’Algérie au camp des réformateurs, exigeant une «révision des mécanismes de décision» pour assurer une représentation «juste, équitable et transparente» de l’Afrique et du monde en développement au sein des structures de direction. C’est un appel à la démocratisation de la gouvernance économique mondiale.
Leadership climatique et solidarité face aux catastrophes
Au-delà de la finance, le discours algérien a mis en avant l’engagement du pays en faveur de la transition énergétique juste.
Le Président Tebboune a réitéré l’engagement de l’Algérie à soutenir les pays du Sud en leur fournissant les outils et technologies pour accéder à l’énergie verte.
Il a plaidé pour des «partenariats bilatéraux et internationaux» pour accélérer cette transition, positionnant l’Algérie comme un pont potentiel entre les continents.
Dans un contexte où le sommet du G20, le premier organisé en terre africaine, a placé la «préparation aux catastrophes liées au climat» à son agenda, l’Algérie a apporté une contribution concrète. Elle a soutenu les initiatives visant à augmenter les financements pour la prévention des risques majeurs et proposé une innovation de taille : une nouvelle mécanisme de financement qui s’enclencherait automatiquement à la demande d’un pays touché par une catastrophe, une idée qui pourrait révolutionner l’aide d’urgence.
La Palestine, une cause centrale et non-négociable
Dans un moment chargé d’émotion, le message présidentiel est revenu sur la situation en Palestine, rappelant à l’auditoire du G20 sesresponsabilités morales. «Le monde a été témoin, ces deux dernières années, de crimes odieux perpétrés contre le peuple palestinien désarmé», a déclaré le Président Tebboune, évoquant les «conséquences humanitaires catastrophiques» de la guerre. L’appel lancé aux dirigeants des économies les plus puissantes de la planète est sans ambages : lancer une «mobilisation internationale globale» pour construire un avenir meilleur pour le peuple palestinien et lui permettre d’accéder à ses droits fondamentaux.
L’Algérie a fermement assuré qu’elle «se joindrait à toute mesure» que le G20 entreprendrait dans ce sens, reaffirmant son rôle historique de défenseur de la cause.
Un sommet aux enjeux multiples
Ce sommet de Johannesburg, présidé par Cyril Ramaphosa et qui passera le flambeau aux États-Unis, se tient sur fond de tensions géopolitiques, avec la guerre en Ukraine au centre des préoccupations européennes, comme l’a rappelé la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Dans cette arène internationale complexe, la voix de l’Algérie, portée avec conviction par le Premier ministre Ghrieb, a résonné avec une clarté remarquable.
Elle a articulé une vision où la justice économique, la souveraineté des nations, la justice climatique
et les droits des peuples sont indissociables.
En faisant siennes les luttes du continent africain et du monde en développement, l’Algérie affirme plus que jamais sa stature de leader et d’avocat infatigable du Sud global sur la scène internationale .
Fateh. H.
