Le harcèlement de Louisa Yousfi franchit un nouveau cap. À Marseille, il ne s’agit plus seulement d’attaquer une femme sur les réseaux sociaux, mais de faire plier une institution
publique. Sous la pression du Rassemblement national, le département des Bouches-du-Rhône a suspendu une subvention de 90 000 euros destinée au festival Actoral, coupable d’avoir programmé l’essayiste française d’origine algérienne.
Tout est parti d’une phrase sortie de son contexte. Dans un podcast, Louisa Yousfi évoquait un concept de Karl Marx pour expliquer que les Blancs ne sont pas rattachés à ce qu’elle appelait «l’humanité générique».
Il aura suffi de retrancher un seul mot, «générique», pour transformer une réflexion théorique en accusation de racisme. La manipulation a suffi à l’extrême droite pour lancer sa machine, entre signalement au procureur par le député Jean-Philippe Tanguy et campagne de dénigrement en règle.
Le résultat ne s’est pas fait attendre. La présidente du département a annoncé le retrait de la délibération sur la subvention, le temps que l’association organisatrice du festival s’explique sur sa programmation. Une manière à peine voilée de faire comprendre qu’inviter une intellectuelle algérienne peut désormais coûter cher.
Le RN-UDR, lui, ne cache pas sa satisfaction et parle d’une «victoire symbolique forte».
Un aveu, en somme, qui confirme ce que dénonce La Fabrique, la maison d’édition de Louisa Yousfi : «derrière l’accusation de racisme se cache surtout la volonté de faire taire une voix qui porte, avec talent, le récit de l’immigration postcoloniale en France.
Une voix qui dérange précisément parce qu’elle refuse de se taire».
N. C.
Quand la France punit un festival pour avoir invité une écrivaine algérienne
