Pétrôle: Le spectre Trump fait trembler les cours, le Venezuela dans le viseur

Après avoir touché des planchers historiques datant de 2021, les prix du pétrole ont brutalement rebondi en réaction à une escalade inédite de la pression américaine sur le Venezuela.
Le déclencheur : un ordre direct de l’ancien président Donald Trump imposant un blocus naval aux pétroliers liés à Caracas, accompagné d’une menace d’agression et d’une désignation du régime Maduro comme «organisation terroriste étrangère».
Le brut Brent a ainsi franchi la barre des 59 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) se négociait aux alentours de 56 dollars. Cette hausse marque un revirement spectaculaire après quatre séances consécutives de baisse, totalisant plus de 5%, largement alimentées par les craintes d’un excès d’offre mondiale.
L’annonce de Trump, faite mardi dernier sur ses réseaux sociaux, constitue une intensification majeure de la confrontation. Elle fait suite à la saisie la semaine dernière d’un pétrolier par les forces américaines au large des côtes vénézuéliennes.
Cette double manœuvre, blocus et étiquetage terroriste, vise à asphyxier économiquement le gouvernement de Nicolás Maduro, déjà sous le coup de sanctions paralysantes.
L’impact immédiat sur l’équilibre mondial des approvisionnements reste pourtant limité en volume. Malgré une timide reprise depuis son effondrement en 2020, la production vénézuélienne plafonne à environ 590 000 barils par jour exportés par pétroliers, une goutte d’eau face à une consommation mondiale dépassant les 100 millions de barils.
La Chine, principal client de Caracas, pourrait temporairement puiser dans ses stocks flottants en Asie pour amortir le choc initial.
C’est sur le temps long et la psychologie des marchés que la crise pourrait peser lourd.
Selon le groupe Rapidan Energy, près d’un tiers des cargaisons vénézuéliennes seraient directement menacées par une escalade américaine. Toute perturbation durable contraindrait les raffineurs, notamment chinois, à se tourner vers des alternatives plus coûteuses, injectant une prime de risque durable dans les cours.
Pourtant, le sentiment dominant reste, pour l’instant, le calme.
Comme le note Warren Patterson, stratège matières premières chez ING, le marché digère cette nouvelle tension géopolitique sans panique, confiant dans l’ampleur des surplus pétroliers projetés jusqu’en 2026.
La hausse observée est donc davantage une réaction technique à un événement politique choc qu’un signal d’une véritable pénurie. En somme, le coup de force de Trump a réveillé la volatilité et rappelé la sensibilité extrême du pétrole aux soubresauts géopolitiques. Mais il bute encore sur une réalité physique : l’abondance actuelle de l’or noir. La véritable épreuve de force se jouera dans la durée : si le blocus se durcit et se prolonge, il pourrait fissurer cette confiance et réintroduire une prime de risque permanente, bien au-delà des côtes vénézuéliennes
Samira A.