La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a averti hier mercredi que la France aurait besoin de temps pour ramener son déficit public et sa dette sur une trajectoire soutenable, susceptible de restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs.
Cette mise en garde intervient dans un contexte d’endettement élevé, de tensions sociales et d’incertitudes politiques, alors que les dirigeants du FMI et de la Banque mondiale alertent également sur les conséquences économiques de la fragmentation géopolitique mondiale.
«La France cherche actuellement à adopter un budget qui mettrait son déficit et son endettement sur une trajectoire descendante», a déclaré Mme Georgieva en marge des réunions annuelles des institutions financières internationales à Bangkok, en Thaïlande. Elle a toutefois souligné que le redressement des finances publiques prendrait du temps avant de rétablir pleinement la confiance des marchés.
Selon les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) citées dans les informations disponibles, la dette publique française atteignait 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, soit environ 119% du produit intérieur brut (PIB). Elle a augmenté de 59,6 milliards d’euros au cours de cette période, après une progression de 75,8 milliards au premier trimestre.
Les projections évoquées dans le texte initial anticipent une dette représentant 119,3% du PIB en 2026, puis 121,7% en 2027.
Cette évolution accentue la pression sur les finances publiques, alors que le gouvernement doit simultanément réduire le déficit, financer les services publics et maîtriser la charge des intérêts. Le projet de budget pour 2027 vise à ramener le déficit public à 5% du PIB, mais son adoption demeure incertaine en raison des difficultés parlementaires et de l’approche de l’élection présidentielle.
Au-delà du cas français, les dirigeants du FMI et de la Banque mondiale ont mis en garde mardi dernier contre les conséquences de l’aggravation des divisions géopolitiques et économiques.
Lors d’une table ronde organisée à Bangkok, Kristalina Georgieva a estimé que le protectionnisme et le recul de la coopération internationale risquaient de peser durablement sur la croissance mondiale.
Selon les estimations évoquées par la responsable du FMI, la fragmentation de l’économie mondiale pourrait entraîner une perte pouvant atteindre 7% du PIB mondial.
Les investissements redondants, le ralentissement des progrès scientifiques et l’érosion de la confiance entre les pays figurent parmi les coûts potentiels de cette évolution.
Mme Georgieva a appelé les gouvernements à préserver la coopération internationale, tout en rappelant que la stabilité macroéconomique et financière constituait une première ligne de défense face aux chocs.
De son côté, le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, a souligné la transformation des échanges commerciaux.
Au cours des deux dernières décennies, la part des économies en développement dans le commerce mondial est passée de 20% à 40%, tandis qu’une part croissante des échanges s’effectue directement entre ces pays. Face aux besoins de développement et à l’arrivée de 1,2 milliard de jeunes à l’âge adulte dans les économies émergentes au cours des quinze prochaines années, M. Banga a plaidé pour une mobilisation accrue des capitaux privés.
Il a notamment appelé à investir dans les infrastructures physiques et numériques, à améliorer la prévisibilité des cadres réglementaires et à soutenir les micro, petites et moyennes entreprises, qui représentent près de 75% de l’emploi mondial selon les chiffres cités lors de son intervention.
Les responsables des deux institutions ont ainsi souligné la nécessité de concilier sécurité économique, ouverture commerciale et coopération multilatérale, dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, les contraintes budgétaires et les besoins croissants de financement.
Samira G.
Le FMI alerte sur les défis budgétaires et les tensions politiques : la dette publique française sous pression
