La journaliste algérienne Radia Boudissa offre à la mémoire collective un ouvrage essentiel et déchirant, intitulé Ghaza, the last memory card. Ce livre se présente comme un mémorial littéraire et un acte de résistance face à l’anéantissement, rendant un hommage profond et documenté aux journalistes et travailleurs des médias tués dans la bande de Ghaza entre octobre 2023 et octobre 2025.
Bien plus qu’un simple recueil de biographies, cet ouvrage, rédigé en arabe, incarne une mémoire vivante et douloureuse de deux années de guerre totale. Il capture, à travers le prisme du sacrifice des témoins, l’effacement systématique d’une société, la destruction d’une civilisation autrefois vibrante de vie et d’aspirations.
L’auteure restitue l’image d’un Ghaza épicentre de résistance et de dignité, que les bombardements ont tenté de réduire au silence en éliminant méthodiquement ses intellectuels, ses regards et ses voix.
L’originalité et la force de ce travail résident dans son approche analytique. Radia Boudissa ne se contente pas de consigner des faits ; elle décortique la logique macabre d’une machine de guerre visant délibérément l’écosystème médiatique.
Elle démontre comment l’assassinat ciblé des journalistes – palestiniens, arabes ou internationaux – constitue une stratégie chirurgicale de l’occupant pour éteindre le témoignage brut, supprimer la preuve visuelle et empêcher que ne soit racontée, en direct, la réalité d’une guerre aux allures génocidaires. Tuer le messager pour tuer la vérité, et ainsi permettre la propagation d’un récit falsifié.
À travers des portraits intimes et bouleversants, le lecteur est conduit sur les traces de vies brutalement interrompues : des carrières prometteuses, des engagements passionnés, des devoirs familiaux, tout un avenir soudain volatilisé sous les décombres ou fauché par un sniper.
Ces récits personnels font écho au destin de centaines de milliers de civils, dont la mort est rendue palpable à travers le sacrifice de ceux qui étaient là pour la raconter.
L’ouvrage assume un rôle de sanctuaire mémoriel. Il comporte ainsi les photographies, les noms, les âges et les circonstances précises de la mort de 317 professionnels des médias tombés en martyrs.
Cette galerie de visages et d’identités est un acte de défiance contre l’oubli programmé, une affirmation que chaque vie comptait et que son témoignage survit.
Enfin, Radia Boudissa étend son hommage au-delà de Ghaza. Elle n’oublie pas ceux qui croupissent dans les prisons de l’occupation pour le crime d’avoir informé, ni ceux qui, ailleurs dans le monde, ont été réduits au silence pour avoir osé dire la vérité sur la tragédie palestinienne.
Son livre devient ainsi un réquisitoire universel contre l’impunité et une ode à la liberté de la presse comme ultime rempart contre la barbarie.
Ghaza, the last memory card est donc un double testament : celui des martyrs de l’information, et celui d’une humanité refusant de laisser l’horreur avoir le dernier mot.
C’est un livre nécessaire, qui interpelle la conscience mondiale et demande, dans le silence assourdissant des diplomates, que justice soit rendue à ces voix à jamais éteintes.
Amina S.
Ghaza, the last memory card: L’ultime hommage littéraire aux voix sacrifiées de la vérité

