La Présidence de la République a annoncé le lundi 5 octobre le décès de son directeur de Cabinet, Boualem Boualem, survenu dans un hôpital de Genève où il suivait un traitement contre une maladie incurable.
Hier mardi, sa dépouille est arrivée à l’aéroport international d’Alger. Le président Abdelmadjid Tebboune l’y attendait au salon d’honneur. Il a récité la «Fatiha» devant le cercueil avant de présenter ses condoléances à la famille, en présence de hauts responsables de l’État.
Ce geste dit ce que le chef de l’État devait à un homme qui, depuis près de sept ans, travaillait à ses côtés loin des projecteurs.
Un magistrat de formation
Né le 16 octobre 1952 à Aïn Sefra, Boualem Boualem a d’abord fait carrière dans la justice. Il a exercé plusieurs fonctions dans l’appareil judiciaire avant de devenir conseiller à la Cour suprême.
Il a aussi connu la vie parlementaire, comme sénateur entre janvier 2007 et mars 2012. Le droit, les institutions et la rigueur des procédures ont été le fil conducteur de son parcours. Son nom a longtemps été connu des seuls initiés, ce qui convenait à son tempérament.
L’homme de confiance de Tebboune
Selon plusieurs récits, il aurait été recommandé à Abdelmadjid Tebboune et serait devenu conseiller juridique à la Présidence en janvier 2020. Le décret le plus souvent cité date d’octobre 2023.
Il y est nommé conseiller chargé des affaires juridiques et judiciaires, des relations avec les institutions, des enquêtes et des habilitations.
L’ascension s’accélère en novembre 2023. Boualem devient directeur de Cabinet par intérim. Un décret signé le 2 janvier 2024 l’a ensuite confirmé dans ce poste. Cette confiance s’est traduite par des responsabilités concrètes.
En mars 2024, le président l’a placé à la tête de la Haute commission nationale des recours relatifs à l’investissement, chargée de trancher les recours des investisseurs.
La Haute commission fait partie des instruments par lesquels Alger cherche à rassurer les opérateurs économiques et à relancer l’investissement.
En janvier 2026, le chef de l’État lui a confié la présidence d’une conférence nationale sur les projets d’amendement technique de la Constitution et de la loi électorale, qu’il a lui-même présentés à la presse. C’était l’une de ses rares apparitions publiques.
Le poids des dossiers, le goût de l’ombre
Dans le dispositif d’El Mouradia, Boualem Boualem s’était forgé une réputation d’homme de dossiers, grâce à son profil de magistrat, sa connaissance de l’appareil administratif et judiciaire et sa proximité avec le chef de l’État.
Il supervisait aussi les services d’enquêtes et d’habilitation de la Présidence, un domaine sensible où la discrétion compte autant que la compétence. Ceux qui ont suivi son parcours relèvent qu’il a traversé deux présidences sans jamais chercher la lumière. Ses sorties publiques tenaient presque toutes à ses fonctions, jamais à une volonté de se mettre en avant.
Mais l’essentiel est ailleurs. Dans une période exigeante, le président Tebboune a voulu s’appuyer sur un juriste expérimenté et loyal, et lui a confié des missions de premier plan au service de l’institution.
Une absence qui laisse un vide
La maladie l’avait éloigné d’El Mouradia. Il s’était retiré en avril pour se faire soigner, et sa santé se dégradait au fil des semaines.
Son décès laisse un grand vide dans l’entourage du président, car une relation de confiance de cette nature ne se remplace pas par un simple décret. La séance du Conseil de la nation d’hier mardi, ouverte par une minute de silence et la «Fatiha» à sa mémoire, a montré combien sa disparition était ressentie dans les institutions.
Le président Tebboune a su, en l’accueillant lui-même à son retour au pays, rendre à son collaborateur l’hommage qui lui revenait. L’État honore ainsi l’un de ceux qui l’ont servi sans bruit.
Boualem Boualem laisse le souvenir d’un magistrat devenu haut responsable, attaché au droit et à la continuité de l’État, et fidèle jusqu’au bout à la mission qu’on lui avait confiée.
Farid B.
