La première journée de «Ciné-Parcours», organisée à la Maison de la culture de Béjaïa, a offert au public une mosaïque de films où se croisent mémoire historique, drames sociaux et témoignages émouvants.
Le film d’Ahmed Aggoune, intitulé Le drapeau, replonge dans la période coloniale. Dans une maison traditionnelle, une mère prépare le repas tout en confectionnant en secret un drapeau algérien. Son fils Omar, en route pour l’école, assiste à la tragédie : son ami Saïd, jeune berger au tempérament poétique, est fusillé par des soldats français. En geste de résistance, Omar remplace le drapeau français de son école par l’emblème algérien de sa mère.
La nuit d’Abed, un film réalisé par Anis Djaad, dépeint un homme modeste, obsédé par la naissance imminente de son enfant. Ses chamailleries avec un voisin bruyant révèlent sa fragilité.
Entre médicaments introuvables et surprises douloureuses, il frôle le désespoir avant de se résigner à «faire contre mauvaise fortune bon cœur».
Le court-métrage, Je te promets, de Mohamed Yargui entraîne le spectateur dans un voyage de mémoire. Le héros revient au village qu’il avait quitté pour ses études, financées par les bijoux sacrifiés de sa sœur.
La promesse de l’emmener visiter Yemma Gouraya ne sera jamais
tenue : il revient pour l’enterrer. Le film mêle nostalgie paysanne et réflexion sur la condition féminine.
Yargui confie au public les frustrations de la création : «Un film est achevé… quand on commence à en tourner un autre.»
Amine Bentameur quant à lui signe un court-métrage de 18 minutes, Victime zéro, qui retrace l’enlèvement d’un écolier.
Le kidnappeur n’est autre que son frère, livré à un commanditaire pour satisfaire son addiction. La révélation finale, bouleversante, laisse le spectateur abasourdi.
Aziz Boukerouni et Khaled Bounab consacrent un documentaire à Boualem Boukhoufane intitulé Boualem a tout entendu, un employé de la Cinémathèque d’Alger, décédé en 2019. Sourd-muet, mais passionné de cinéma, il avait continué à travailler après sa retraite, apprenant le métier de projectionniste et se construisant un album photo avec les célébrités de passage.
Le film, tourné en 2019 et sorti en 2024, est un vibrant hommage à cet amoureux du cinéma.
Amina S.
«Ciné-Parcours» à Béjaïa: Entre mémoire, drame social et hommage au cinéma

