Diplomatie populaire: L’autre front de la résistance sahraouie

A Boumerdès, la 14e université d’été des cadres du Front Polisario et de la RASD, qui se tient du 10 au 20 août 2026, a consacré l’une de ses journées à une question aussi stratégique que méconnue, comment un mouvement associatif peut-il peser sur la scène internationale autant qu’un appareil d’État ?
La réponse, esquissée lundi lors d’une conférence, tient en une formule : faire d’une cause régionale une cause universelle.

Une résistance qui a fait le tour du monde
Mohamed Ahmed Nafai, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs sahraouis, en est convaincu : le mouvement associatif sahraoui a réussi là où beaucoup de causes échouent, transformer un conflit local en mobilisation planétaire.
Selon lui, la société civile a constitué l’un des piliers de la résistance sahraouie, non seulement en fédérant les solidarités éparses à travers le monde, mais aussi en donnant à cette cause une ampleur que peu de mouvements de libération peuvent revendiquer.
Il n’existerait aujourd’hui, affirme-t-il, aucun pays ni aucune région qui n’ait été touché d’une manière ou d’une autre par cet élan de solidarité.
Cette présence internationale s’est notamment illustrée dans les grands rendez-vous altermondialistes, du Forum social mondial de Porto Alegre jusqu’à sa 17e édition tenue récemment au Bénin.
De Porto Alegre à Cotonou, la société civile sahraouie a construit, conférence après conférence, l’image d’un peuple qui résiste pacifiquement malgré le blocus et ce qu’il décrit comme des barrières de silence.
Un travail de terrain qui a également permis de documenter les violations des droits humains dans les territoires sahraouis, des constats corroborés, selon Nafai, par plusieurs rapports d’organisations internationales et de centres de recherche aux États-Unis comme en Europe.
Cette diplomatie populaire s’appuie sur un maillage d’organisations, à l’image de l’Union nationale des femmes sahraouies ou de l’Union de la jeunesse de Saguia El Hamra et du Rio de Oro, tandis que la diaspora a transformé nombre de capitales étrangères en véritables tribunes de plaidoyer.

Des intérêts partagés plutôt qu’un soutien à sens unique
La deuxième intervention de la journée a pris une tournure plus stratégique. Mohamed Cherif Daroui, professeur en sciences politiques à l’université d’Alger, a plaidé pour un changement de paradigme dans la manière dont le Front Polisario construit ses alliances internationales.
Son idée : ne plus se contenter du soutien moral des autres pays, mais bâtir avec eux des intérêts communs susceptibles de faire basculer un simple appui diplomatique en véritable partenariat.
Pour l’universitaire, les intérêts ne disparaissent jamais totalement, ils se rapprochent ou s’éloignent selon la capacité d’un acteur à les entretenir.
Plus cette capacité grandit, plus le système de gestion du conflit s’élargit, et plus la cause gagne en portée et en légitimité internationale.
C’est finalement le parlementaire sahraoui Abdallah El Markhi qui a apporté l’éclairage institutionnel le plus singulier de la journée. Il a rappelé une particularité que peu de mouvements de libération peuvent revendiquer, la RASD a mis en place son Parlement avant même de former son premier gouvernement, le premier voyant le jour en novembre 1975 et le second en mars 1976.
Une chronologie qui, selon lui, illustre la volonté du Front Polisario de se doter des instruments de l’État avant même d’en proclamer l’existence.
Malik M.