A l’approche de la convocation du corps électoral pour les prochaines élections locales, les partis politiques se livrent une course contre la montre pour recruter le plus grand nombre possible d’adhérents et recueillir les dossiers de ceux qui souhaitent se porter candidats.
Cette effervescence touche en particulier les formations qui disposent d’un nombre limité d’élus ou dont l’implantation territoriale reste fragile.
Pour elles, l’enjeu est double : renforcer leur présence sur le terrain, élargir leur base militante, mais aussi et surtout réunir suffisamment de militants et de profils compétents disposés à se présenter, de manière à pouvoir constituer des listes conformes aux exigences légales et réglementaires.
Plusieurs partis ont ainsi multiplié les appels, que ce soit sur les réseaux sociaux ou par la voix de leurs dirigeants, invitant les personnes séduites par leurs programmes et désireuses de se lancer dans la compétition électorale à rejoindre leurs rangs et à déposer leur candidature sur leurs listes.
Du côté des grandes formations, la démarche est différente : leurs directions cherchent avant tout à attirer des compétences et des cadres capables de renouveler les visages politiques.
Dans ce contexte, le Front de la Justice et du Développement a annoncé l’ouverture des candidatures pour les prochaines élections locales, prévues avant la fin de l’année, au sein de ses listes.
Le parti invite les candidats potentiels à remplir un formulaire électronique conçu à cet effet une démarche qui traduit sa volonté d’élargir l’éventail de choix offert à ses directions locales et nationales, dans la perspective d’un scrutin d’envergure appelant à couvrir un grand nombre de communes et de wilayas. De son côté, le Front de l’Algérie Nouvelle a d’ores et déjà tranché en faveur de sa participation au scrutin local.
À l’issue de son conseil ordinaire, le parti a appelé l’ensemble de ses militants à s’investir sans délai dans la préparation de cette échéance électorale, tout en lançant un appel aux compétences nationales intègres afin qu’elles se présentent sur ses listes, au niveau des wilayas comme des communes une démarche destinée à élargir le cercle des candidats et à ne pas cantonner la confection des listes aux seuls militants historiques.
Ces appels, de plus en plus nombreux à mesure que se rapproche la convocation du corps électoral, traduisent un basculement progressif : les partis passent d’une phase de réorganisation interne à une phase de recherche active de ressources humaines capables d’affronter la compétition électorale un impératif particulièrement sensible pour les formations qui doivent encore étendre leur ancrage local et leur présence dans les assemblées élues.
Des défis communs
De manière générale, la nature du scrutin local place les partis face à un défi différent de celui des législatives. La compétition, à l’échelle des communes et des wilayas, exige un maillage organisationnel et territorial bien plus dense, ainsi qu’une capacité à constituer des listes couvrant le plus grand nombre possible de circonscriptions électorales.
S’y ajoute l’obligation de satisfaire aux conditions légales, notamment celles touchant à la composition des listes et au respect des quotas de représentation fixés pour les jeunes, les diplômés universitaires et les femmes. Selon l’article 176 de la loi organique relative au régime électoral, la liste des candidats aux assemblées populaires de wilaya et communales doit comporter un nombre de candidats supérieur de sept au nombre de sièges à pourvoir dans les circonscriptions à nombre de sièges impair, et de six dans celles à nombre de sièges pair. Les listes doivent également, sous peine de rejet, réserver un tiers des candidatures aux femmes et consacrer au moins la moitié des places aux personnes n’ayant pas dépassé quarante ans révolus le jour du scrutin, tandis qu’un tiers au moins des candidats doit justifier d’un niveau universitaire. Le quota réservé aux femmes ne s’applique toutefois qu’aux communes de plus de vingt mille habitants.
Les contraintes liées à la constitution des listes
Au-delà de ces conditions, l’article 178 précise que toute liste doit être expressément parrainée, pour les élections locales, par un ou plusieurs partis politiques, ou déposée sous l’intitulé de liste indépendante.
Ce parrainage revient soit aux partis ayant obtenu, lors du dernier scrutin local, plus de 4% des suffrages exprimés dans la circonscription concernée, soit à ceux disposant d’au moins dix élus dans les assemblées populaires locales de la wilaya en question.
Lorsqu’un parti ne remplit aucune de ces deux conditions, cas des formations qui se présentent pour la première fois, ou des listes indépendantes, la liste doit être appuyée par au moins 35 signatures d’électeurs de la circonscription concernée, et ce pour chaque siège à pourvoir.
Une contrainte à laquelle seront confrontés certains partis ayant déjà participé aux précédentes échéances locales sans avoir atteint le quorum requis dans plusieurs circonscriptions.
Quant aux candidats eux-mêmes, l’article 184 fixe une série de conditions : être inscrit dans la circonscription où l’on se présente, être âgé d’au moins vingt-trois ans révolus le jour du scrutin, être de nationalité algérienne, justifier de l’accomplissement du service national ou en être exempté, ne pas avoir été condamné définitivement à une peine privative de liberté pour crime ou délit sans réhabilitation à l’exception des délits non intentionnels , et être en règle vis-à-vis de l’administration fiscale, que ce soit par le paiement des sommes dues, un échéancier, ou la preuve d’une non-imposition.
L’ombre de l’argent sale
La condition la plus sensible reste toutefois de ne pas être connu du public pour des liens avec des milieux d’affaires douteux susceptibles d’influencer, directement ou indirectement, le libre choix des électeurs et le bon déroulement du processus électoral.
Cette disposition, qui reprend le dernier alinéa de l’article 200 du code électoral relatif aux conditions de candidature, suscite de vives inquiétudes au sein des partis.
Et pour cause : elle avait figuré parmi les principaux motifs de rejet de dossiers de candidature lors des dernières législatives. Ses détracteurs y voient une formulation juridiquement floue, ouvrant la voie à des interprétations divergentes selon les contextes politiques, et estiment que cette imprécision fragilise le principe d’égalité des chances entre candidats.
Les autorités publiques, de leur côté, assurent que l’ensemble des procédures d’examen des dossiers de candidature s’inscrit dans un objectif d’assainissement de la vie politique et de lutte contre l’influence de l’argent sale sur le processus électoral, dans le but de renforcer l’intégrité de la compétition et de restaurer la confiance dans les institutions représentatives.
Les partis politiques se retrouvent ainsi confrontés à un défi commun : anticiper d’éventuels rejets de dossiers en préparant des candidatures de réserve, en particulier pour les catégories soumises à des quotas obligatoires femmes, jeunes et diplômés universitaires en tête afin d’éviter que leurs listes ne soient purement et simplement invalidées.
Farid B.
