Ils étaient là, chefs d’État et de gouvernement, réunis vendredi dernier dans la capitale éthiopienne, pour tourner une page. Celle d’un passé fait de rapports de force, de modèles imposés et de partenariats déséquilibrés.
Le deuxième sommet Afrique-Italie, coprésidé par Giorgia Meloni et le président de l’Union
africaine, João Lourenço, en présence du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a posé les bases d’une ambition : bâtir une coopération d’égal à égal, fondée sur le respect des souverainetés et des
intérêts mutuels.
Un espace d’échange, certes. Mais surtout un signal. Celui que l’Afrique, forte de ses soixante-dix-sept ans d’indépendances pour les plus anciennes de ses nations, n’entend plus être un terrain d’application de volontés extérieures. Les partenariats stratégiques, a-t-on martelé d’une seule voix, doivent désormais s’aligner sur les choix de développement des pays africains, et non l’inverse.
«Changer radicalement la manière d’appréhender l’Afrique» : Le discours sans concession de Meloni
La présidente du Conseil italien n’a pas mâché ses mots. Dans son allocution d’ouverture, Giorgia Meloni a appelé à «écrire une nouvelle page dans l’histoire des relations entre les deux parties».
Une page qui tourne le dos à «l’approche paternaliste qui a longtemps terni les relations entre l’Afrique et l’Europe, et l’Occident», et qui a trop souvent empêché de saisir «les spécificités, voire l’énorme potentiel des peuples africains».
Le véritable défi, a-t-elle insisté, consiste à «permettre à l’Afrique de bénéficier de ses richesses, d’offrir des emplois à sa jeunesse, de transformer localement ses ressources primaires au lieu de les piller».
Une déclaration qui sonne comme un aveu, mais aussi comme un engagement. Car derrière les mots, il y a le Plan Mattei, cette initiative italienne qui se veut un «changement radical» dans la manière d’aborder le continent. «Nous nous sommes engagés dans cette voie en dehors de toute logique imposée d’en haut ou des modèles tout faits, en œuvrant ensemble avec humilité et respect», a ajouté Meloni, plaçant la dignité au cœur de l’équation. L’Italie, en somme, propose une rupture. Reste à savoir si les actes suivront les paroles.
L’Algérie pose ses conditions : souveraineté, agenda 2063 et financements garantis
Du côté africain, on accueille cette évolution avec une prudence bienveillante. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, dont l’allocution a été lue par son Premier ministre, a fixé un cadre clair.
Pour lui, le succès du partenariat Italie-Afrique passe par des prérequis non négociables : faire du développement économique et social du continent l’axe central de toute coopération, respecter les choix de souveraineté, renforcer la coordination avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine, et garantir des financements suffisants pour une mise en œuvre efficace des projets.
«L’Afrique place en tête de ses priorités l’établissement de partenariats équilibrés, basés sur la réciprocité, la confiance et les intérêts communs à long terme, et non pas sur des approches conjoncturelles ou unilatérales», a-t-il affirmé. Une manière de rappeler que le continent n’est plus en position de demandeur, mais en position de partenaire qui pose ses conditions. L’Algérie, a-t-il ajouté, est disposée à contribuer à la réussite de ce partenariat dans un «esprit responsable et constructif», tout en appelant à une «nouvelle étape du Plan Mattei, plus ambitieuse, plus inclusive et plus efficace».
L’Éthiopie, hôte du sommet, mise sur la jeunesse et la dignité
Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed Ali, dont le pays accueillait ce sommet à la veille de la 39e session ordinaire de l’UA, a insisté sur la nécessité de «forger une nouvelle relation entre l’Italie et l’Afrique, fondée non pas sur la dépendance mais sur la dignité, et non pas sur l’exploitation mais sur la prospérité mutuelle». Une relation «définitivement tournée vers l’avenir», a-t-il souligné.
Abiy Ahmed a également mis en avant l’importance du Plan Mattei dans la promotion du développement durable, la gestion des flux migratoires et le développement du capital humain. Mais surtout, il a salué «le dynamisme de la jeunesse africaine», insistant sur la nécessité d’investir en elle pour créer des emplois et libérer les potentialités d’un continent qui, s’il veut exister pleinement, devra offrir à ses enfants autre chose que des bateaux pour l’exil.
Un sommet pour évaluer et projeter
Ce deuxième sommet avait également pour objectif de faire le point, deux ans après la première rencontre de Rome en 2024, et de définir les priorités futures. Développement durable, infrastructures, énergie, éducation, formation, santé, agriculture : les chantiers ne manquent pas.
Mais au-delà des secteurs, c’est bien la méthode qui était au cœur des débats.
Car l’enjeu n’est pas seulement de coopérer. Il est de coopérer autrement. De passer d’une logique de donation à une logique d’investissement mutuel. D’abandonner les modèles descendants pour construire, ensemble, des partenariats qui profitent aux deux rives de la Méditerranée.
Le discours est beau. Reste à savoir si, cette fois, il sera suivi d’effets. L’Afrique, elle, a déjà prévenu : elle ne signera plus de chèques en blanc.
Anais G.

