Amoins de cinq semaines de l’ouverture tant attendue de sa grande exposition printanière, l’Institut du monde arabe (IMA) met les dernières touches à ce qui s’annonce comme l’un des événements culturels majeurs de l’année à Paris. «Byblos, cité éternell », dont le vernissage est fixé au 24 mars, promet une plongée spectaculaire dans plus de 8 900 ans d’histoire, sur les traces de l’une des cités les plus fascinantes du bassin méditerranéen.
Située sur la côte libanaise, à une quarantaine de kilomètres au nord de Beyrouth, Byblos n’est pas une ville ordinaire. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle est considérée comme l’un des plus anciens foyers urbains de l’humanité, habité sans interruption depuis la période néolithique .
L’exposition de l’IMA raconte comment ce modeste village de pêcheurs s’est transformé, dès le IIIe millénaire avant notre ère, en la première véritable plateforme portuaire internationale du monde.
Byblos a tissé des liens privilégiés avec les grandes civilisations de l’Antiquité. Elle fut le principal fournisseur de bois de cèdre pour les pharaons d’Égypte, un bois précieux utilisé pour la construction, l’encens, et même les résines nécessaires à la momification. Cette relation commerciale unique se doubla d’une profonde influence culturelle, visible dans les trésors découverts sur place.
400 pièces d’exception, entre trésors royaux et découvertes inédites
Le parcours de l’exposition réunira près de 400 œuvres exceptionnelles. Parmi les points d’orgue, les visiteurs pourront admirer les objets provenant des tombes royales d’Abi-Shemou et Yapi-Shemou-Abi : vaisselle d’or et d’argent, parures incrustées de pierres précieuses, armes d’apparat et miroirs témoignant du raffinement extraordinaire de l’élite byblite au début du IIe millénaire avant J.-C.
Le «Temple aux obélisques» livrera également ses secrets à travers une impressionnante collection de figurines humaines en bronze, parfois plaquées d’or, de haches fenestrées et de bijoux, témoignant des pratiques votives de l’époque.
Mais le clou de l’exposition réside sans doute dans la présentation au public de découvertes archéologiques ultra-récentes, encore jamais montrées. Depuis 2019, des fouilles menées en collaboration entre la Direction Générale des Antiquités du Liban et le musée du Louvre ont mis au jour une nécropole de l’Âge du Bronze moyen (vers 1800 av. J.-C.) miraculeusement préservée dans son état originel. Ces vestiges intacts, dont la «porte Sud» de la ville, bouleversent la compréhension que les historiens avaient de l’organisation sociale et économique de cette cité-État, et seront dévoilés en exclusivité parisienne.
Cette exposition intervient dans un contexte particulier pour l’Institut. La récente démission de son président historique, Jack Lang, annoncée le 7 février 2026, aurait pu jeter un voile d’incertitude sur la programmation. Il n’en est rien.
Dans un communiqué, l’IMA a tenu à réaffirmer sa détermination : «L’Institut du monde arabe poursuit inlassablement ses missions, avec passion et détermination» . L’institution remercie chaleureusement ses visiteurs pour leurs encouragements et se consacre pleinement à assurer une programmation de qualité, «toujours plus populaire». Preuve de cette vitalité, «Byblos, cité éternelle» ouvre ses portes comme prévu le 24 mars, et sera suivie de près par une autre exposition majeure, «Esclaves en Méditerranée – XVIIe-XVIIIe siècles», dès le 31 mars .
Le conseil d’administration, réuni ce 17 février, doit désigner le successeur de Jack Lang, garantissant ainsi la continuité et le rayonnement de cette institution unique, pont culturel entre la France, le monde arabe et, avec Byblos, les racines profondes de la Méditerranée.
Amina S.

