Startups algériennes:15 scale-up visées en 2026, 95% de taux de survie

ILs sont jeunes, diplômés, connectés au monde. Et ils construisent, silencieusement, l’économie algérienne de demain. Loin des hydrocarbures, loin des schémas traditionnels.
Les startups algériennes ne sont plus une promesse. Elles sont une réalité.
Invité de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Chemseddine Benmoussat, directeur des startups et des structures d’appui au ministère de l’Économie de la connaissance, a livré un état des lieux sans fard. Et les chiffres donnent le tournis. Il y a cinq ans, la Foire de l’entrepreneuriat d’Annaba n’était qu’un rendez-vous local. Sa cinquième édition vient de démontrer le chemin parcouru. «Ce qui était au départ un événement régional est aujourd’hui une manifestation à portée nationale et même internationale», se félicite Benmoussat.
La preuve par les chiffres : 35 wilayas représentées, des délégations tunisiennes, allemandes et italiennes présentes. Et surtout, un partenaire de poids, la coopération germano-algérienne GIZ, qui ne cache pas son émerveillement.
«Un expert allemand m’a confié qu’il n’avait jamais vu un gouvernement soutenir autant ses startups», rapporte le directeur. Quand l’Allemagne, berceau du Mittelstand et des PME high-tech, regarde l’Algérie avec cet œil, c’est que quelque chose a changé.

Annaba, épicentre de l’innovation
Ce n’est pas un hasard si la foire s’y tient. Le centre d’innovation d’Annaba abrite aujourd’hui plus de 50 startups. «Cette concentration crée une énergie exceptionnelle et favorise l’émergence d’événements de plus en plus structurés», analyse Benmoussat.
L’agri-tech, l’intelligence artificielle, la santé : les thématiques abordées ne doivent rien au hasard. Ce sont les secteurs stratégiques identifiés par l’État pour la transition vers une économie innovante. «L’agri-tech permet d’augmenter le rendement, d’économiser l’eau et d’apporter plus de précision», détaille-t-il. Des enjeux existentiels pour un pays confronté au stress hydrique et à la nécessité de sa souveraineté alimentaire.

Le label scale-up, nouveau Graal des entrepreneurs
2020 marquait la création du label startup. Cinq ans plus tard, le dispositif franchit un palier décisif. En décembre 2025, le Comité national d’habilitation a introduit le label «Scale-up».
«La startup n’est qu’une étape dans un parcours. Lorsqu’elle atteint une certaine maturité, elle doit évoluer vers le scale-up», explique Benmoussat.
Ce nouveau sésame consacre des entreprises capables de se développer à l’international et de générer des devises. L’objectif est clair : préparer l’émergence de champions nationaux et, à terme, de licornes. Le ministère s’est fixé un cap ambitieux : labelliser au moins une quinzaine de scale-up en 2026.

Un écosystème sous perfusion intelligente
Ce qui frappe dans le modèle algérien, c’est l’articulation entre incitations publiques et liberté entrepreneuriale. Les startups bénéficient d’exonérations fiscales pouvant atteindre six ans, de procédures 100% numériques, d’un accompagnement gratuit et d’un accès facilité au financement. «Aujourd’hui, un porteur de projet peut créer et développer sa startup sans dépenser un seul dinar au départ», assure Benmoussat. Une rupture radicale avec l’ancien modèle économique algérien, où l’entrée en affaires était souvent un parcours du combattant.

95% de taux de survie : L’exception algérienne
Dans l’écosystème mondial des startups, le taux d’échec avoisine 90%. En Algérie, c’est l’inverse qui se produit. «Sur plus de 1 100 startups labellisées depuis 2020, seules une dizaine ont cessé leur activité», révèle Benmoussat. «Cela représente un taux de survie supérieur à 95%.»
Un chiffre qui donne le vertige. Il témoigne à la fois de la qualité de l’accompagnement, de la rigueur du processus de labellisation et, surtout, du talent des entrepreneurs algériens.

Souveraineté numérique : Le combat silencieux des startups
Dernier volet, et non des moindres : la gouvernance des données. Alors que la guerre économique mondiale se joue aussi dans les datas centers, l’Algérie entend préserver sa souveraineté. «Nous avons des startups qui développent leurs propres modèles d’intelligence artificielle et des Cloud locaux afin de préserver les données sensibles en Algérie», conclut Benmoussat. Une phrase qui en dit long sur la maturation de cet écosystème.
Les startups algériennes ne veulent pas seulement créer de la richesse. Elles veulent construire les infrastructures immatérielles de l’Algérie de 2030.

«Le Président a orienté l’économie vers la connaissance»
En filigrane de ce succès, une impulsion politique constante. «Le Président de la République a orienté l’économie vers la connaissance, l’innovation et le savoir-faire, en complément des hydrocarbures», rappelle le directeur.
Loin du slogan, les chiffres parlent. 1 100 startups. 95% de survie. Des partenariats internationaux. Une diplomatie économique active. L’Algérie est en train de gagner un pari que beaucoup, il y a cinq ans, jugeaient perdu d’avance. Et ce n’est probablement que le début.
Samira G.