Lors d’une conférence de presse organisée ce dimanche dans la capitale slovaque, le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a tenu à clarifier la vision de l’administration Trump concernant ses alliés européens.
Dans des propos rapportés par l’AFP, il a fermement rejeté l’idée d’une Europe inféodée aux intérêts américains. «Nous ne voulons pas que l’Europe soit dépendante, nous ne demandons pas que l’Europe soit un vassal des États-Unis», a-t-il déclaré, avant d’insister sur le terme de «partenaire» pour définir la relation souhaitée.
Cette sortie intervient dans un contexte où les critiques fusent régulièrement outre-Atlantique concernant le niveau des dépenses de défense des pays membres de l’OTAN. En employant un terme aussi fort que «vassal», Rubio cherche à couper court aux accusations selon lesquelles Washington chercherait à dicter
sa loi à Bruxelles.
Le mot «vassal» renvoie à un lien de dépendance personnelle et de soumission féodale. Son utilisation est frappante car elle rejette explicitement toute lecture impérialiste de la politique étrangère américaine.
Cette déclaration vise aussi bien les alliés européens, pour les rassurer, que l’électorat américain, à qui l’on promet des relations plus équilibrées.
Si les États-Unis ne veulent pas d’une Europe «dépendante», que veulent-ils exactement ? Le terme «partenaire» implique une relation plus exigeante, fondée sur la réciprocité et le partage des charges. Derrière ce discours se cache l’exigence historique de l’administration républicaine : que les Européens assument une plus grande part de leur propre défense et de celle de leur voisinage. Être un «partenaire», c’est être capable de contribuer militairement et économiquement à la sécurité collective sans dépendre constamment du parapluie américain.
Washington souhaite une Europe capable d’agir, mais dont les intérêts stratégiques, face à la Chine ou face à la Russie, restent globalement alignés sur ceux des États-Unis. C’est une injonction paradoxale : soyez plus forts, mais restez dans le rang.
Si les mots de Marco Rubio sont un baume pour les oreilles des souverainistes européens, ils se heurtent à plusieurs réalités. Les discours diplomatiques sont souvent en décalage avec les décisions unilatérales, comme les subventions de l’Inflation Reduction Act qui ont pénalisé l’industrie européenne, ou les menaces de droits de douane.
Les Européens attendront de voir si cette volonté de «partenariat» se traduit dans les négociations commerciales ou dans la gestion des dossiers internationaux.
Par ailleurs, l’Europe peut-elle réellement devenir ce «partenaire» stratégique ? Cela nécessite une intégration politique et militaire plus poussée, une augmentation massive des budgets de défense, déjà amorcée, et une capacité à parler d’une seule voix, ce qui reste un défi face aux 27 sensibilités nationales.
En affirmant ne pas vouloir d’une Europe «vassale», Marco Rubio cherche à poser les bases d’un «partenariat adulte» entre les deux rives de l’Atlantique. Il s’agit d’une main tendue, mais qui met la pression sur les Européens : pour être respectés comme des partenaires égaux, ils doivent désormais prouver qu’ils sont prêts à assumer pleinement les responsabilités qui incombent à une puissance souveraine, notamment en matière de défense. Reste à savoir si cette vision pourra surmonter les tentations unilatéralistes américaines et les lenteurs bureaucratiques européennes .
Malik M.
Souveraineté européenne:La mise au point de Marco Rubio

