Depuis le 2 février, le passage de Rafah s’entrouvre par intermittence, comme une bouée d’air trop rare pour une population à l’agonie. Ce dimanche encore, une poignée de patients, squelettes d’une médecine martyrisée, a pu quitter la bande de Ghaza.
À quelques mètres de là, dans le hall poussiéreux du côté égyptien, une «vague», un terme si impersonnel pour tant de vies brisées, de Palestiniens bloqués à l’extérieur a pu regagner l’enfer dont ils sont originaires. 145 départs, 98 retours depuis début février. Des chiffres dérisoires face à l’océan de souffrance qui submerge deux millions d’âmes prises au piège.
Ces ouvertures humanitaires, arrachées de haute lutte, ne doivent pas faire illusion. Elles sont le maigre rideau de fumée d’une réalité cauchemardesque qui se poursuit, inexorable, dans le plus grand silence des puissants de ce monde.
Le «cessez-le-feu» du 10 octobre 2025, conclu après deux années d’une agression d’une brutalité inouïe, n’est qu’un mot vide sur un parchemin oublié. Chaque jour, il est piétiné, violé, ridiculisé par une machine de guerre qui n’a de cesse de prouver son mépris absolu pour le droit international et la vie humaine.
La preuve est dans le sang, encore frais, qui inonde les ruines. Ce week-end, trois noms se sont ajoutés à la litanie funèbre : Nassim Abu Al-Ajine, 20 ans, fauché par les tirs d’un véhicule militaire. Dalia Khaled Asfour, morte des suites de ses blessures, rejoignant dans l’éternité ses quatre enfants déjà emportés par la guerre.
Un troisième Palestinien anonyme, pulvérisé par une bombe sur Beit Lahia. Avec eux, le bilan macabre depuis ce prétendu «arrêt des hostilités» s’élève à 579 morts et 1 544 blessés. Derrière chaque chiffre, un visage, un rêve brisé, une famille anéantie. Ghaza n’est plus une crise humanitaire. C’est la lente asphyxie programmée d’un peuple.
Sous la «menace constante» évoquée par les rapports, se cache l’horreur au quotidien : la faim qui tenaille les ventres des enfants, utilisée comme une arme de guerre ; les hôpitaux en lambeaux, sans électricité, sans médicaments, où l’on opère à la lueur des téléphones portables ; l’insécurité totale, où aucun foyer, aucune école, aucun abri n’est à l’abri d’un missile ; le traumatisme profond d’une génération entière qui ne connaît que le bruit des explosions et l’odeur de la poussière après le bombardement.
Les raids aériens et les tirs d’artillerie continuent de s’abattre sur Khan Younès et Rafah, ces mêmes zones où des civils épuisés tentent de trouver un refuge qui n’existe plus. Comment parler de «répit» quand le sol tremble encore ? Comment évoquer un «accord de paix» quand les bourreaux en dictent les termes et en violent l’esprit à leur guise, en imposant un blocus meurtrier sur l’aide humanitaire la plus vitale ?
Le monde semble avoir accepté l’inacceptable. La normalisation de la mort à Ghaza est le scandale éthique de notre temps. Nous, peuples libres et consciences éveillées, nous refusons cet anesthésiant de l’indifférence. Ce n’est pas une «crise» lointaine. C’est un crime contre l’humanité qui se commet en direct, avec une impunité cynique.
Malik M.
Réouverture partielle du passage terrestre de Rafah: Ghaza ou l’asphyxie programmée d’un peuple

