Ramadhan en France: La Nuit du doute sème la confusion

Cette année, les musulmans de France ont vécu une situation inédite de flottement quant à la date du début du Ramadhan, pris en tenaille entre les annonces contradictoires de la Grande Mosquée de Paris et du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM).
Alors que des millions de fidèles guettaient le communiqué officiel pour entamer le jeûne, ils se sont retrouvés face à un imbroglio religieux sans précédent, ravivant les tensions sur la gouvernance de l’islam en France . Dans la soirée du mardi 17 février, lors de la traditionnelle «Nuit du doute», la Grande Mosquée de Paris a officialisé le début du Ramadhan au mercredi 18 février. S’appuyant sur une méthode mêlant «consultation des données astronomiques et observations de la lune», l’institution historique, inaugurée en 1926 et liée à l’Algérie, a justifié son choix par la volonté de préserver «l’unité des musulmans» et la tradition prophétique de l’observation visuelle.
Cette décision alignait la France sur l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Émirats arabes unis.
Dans la foulée, le CFCM a maintenu sa position, fixant le premier jour du jeûne au jeudi 19 février. L’instance, créée en 2003 pour être l’interlocuteur officiel des pouvoirs publics mais tombée en disgrâce depuis 2021, s’est fondée exclusivement sur des «données scientifiques».
Selon ses calculs, la conjonction lunaire ayant eu lieu le 17 février, les conditions de visibilité du croissant n’étaient réunies que le lendemain, rendant impossible un début du mois sacré dès mercredi .
Cette approche rejoint celle de nombreux pays comme la Turquie, l’Algérie, la Belgique ou l’Égypte.
Cette divergence méthodologique entre observation visuelle et calcul astronomique a plongé les cinq à six millions de musulmans de France dans la perplexité.
Sur les réseaux sociaux, les réactions de désarroi se sont multipliées : «Je suis perdue, il faut suivre quelle date ?» ou encore «l’état de la communauté en France est catastrophique».
La confusion s’est même invitée au sein des familles et entre villes voisines, certains fidèles ne sachant plus à quel minaret se fier.
La mosquée de Lyon a choisi mercredi «pour ne pas aller encore dans la fitna (la division)», tandis que celles de Metz et Strasbourg optaient pour jeudi.
Au-delà de la simple querelle calendaire, cet épisode révèle les fractures profondes d’un islam de France en mal de représentation unifiée. L’absence d’autorité religieuse centrale et les rivalités pour le leadership entre la Grande Mosquée de Paris et le CFCM illustrent un paysage institutionnel morcelé, où chaque instance tire sa légitimité de pays d’origine différents .
Une division qui, selon des observateurs, nourrit une perception négative de la communauté musulmane et complique le quotidien des fidèles en quête de repères.
Malik M.