Alors que la bande de Ghaza est dévastée par plus d’un an d’offensive militaire israélienne, le Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), Philippe Lazzarini, a tiré la sonnette d’alarme, hier samedi, depuis les territoires palestiniens occupés. Dans des déclarations rapportées par l’agence de presse palestinienne Wafa, le haut responsable onusien a brossé un tableau catastrophique de la situation humanitaire et politique, dénonçant une stratégie délibérée visant à démanteler son agence et à anéantir toute perspective de solution à deux États. M. Lazzarini a décrit une agence sous «d’importantes pressions», confrontée à une offensive multiforme de la part d’Israël. Il a révélé un fait d’une rare gravité symbolique : la démolition par les autorités israéliennes du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée.
Cet acte, qu’il présente comme un point culminant de la pression politique, s’inscrit dans une campagne de longue date de l’État sioniste contre une institution qu’il accuse régulièrement de perpétuer le problème des réfugiés et, plus récemment, de laisser son personnel être infiltré par des groupes armés – accusations fermement rejetées par l’agence onusienne.
Au-delà de cette démolition, c’est l’ensemble du territoire cisjordanien qui est, selon lui, le théâtre d’une escalade déstabilisatrice. Il a mis en garde contre l’intensification des «actes de violence» commis par les colons israéliens et l’accélération de la confiscation des terres palestiniennes.
«La gravité de la situation en Cisjordanie occupée nécessite une action urgente avant qu’il ne soit trop tard et que cela ne compromette définitivement l’avenir de la solution à deux États», a-t-il insisté, soulignant que l’érosion continue du territoire palestinien rend de facto impossible la création d’un État palestinien viable.
Le cœur de l’alerte de Philippe Lazzarini concerne cependant la situation «catastrophique» qui prévaut dans la bande de Ghaza. Il a employé des termes d’une grande dureté pour décrire le quotidien des Palestiniens, qu’il dit «privés de presque tout et luttant pour survivre» en raison des répercussions de ce qu’il a qualifié de «guerre d’extermination sioniste en cours».
Ce vocabulaire, inhabituellement fort pour un diplomate onusien, reflète l’ampleur du désastre humanitaire et le sentiment d’impuissance face à un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts et rasé des quartiers entiers.
Le Commissaire général a également pointé les conséquences à long terme de cette guerre sur une génération entière. «Les enfants de Ghaza ne sont pas allés à l’école depuis plus de deux ans», a-t-il rappelé, dénonçant une «catastrophe éducative» qui hypothèque l’avenir de la jeunesse palestinienne.
C’est dans ce contexte qu’il a réaffirmé avec force le caractère vital de la mission de l’UNRWA. Il a insisté sur la nécessité impérieuse de maintenir les services de santé et d’éducation primaire et secondaire fournis par l’agence, qui constituent le dernier rempart contre un effondrement total du tissu social et sanitaire à Ghaza. Face à ce qu’il perçoit comme une tentative délibérée de l’entité sioniste d’«éliminer» l’UNRWA, l’appel de Philippe Lazzarini résonne comme un ultime plaidoyer pour la survie d’une institution qui incarne, depuis 1949, la reconnaissance internationale du sort des réfugiés palestiniens et l’espoir d’une solution juste et durable.
Alors que les pressions politiques et militaires s’intensifient, l’agence onusienne se trouve aujourd’hui à la fois sur la ligne de front humanitaire et au cœur d’une bataille politique existentielle.
Malik M.
L’UNRWA en sursis: Lazzarini alerte sur la démolition de son siège et la «guerre d’extermination» à Ghaza

