La phase actuelle des négociations de cessez-le-feu à Ghaza s’apparente à une équation stratégique complexe, où se croisent et s’affrontent les calculs des puissances régionales et internationales. Ce qui est souvent présenté comme une simple «procrastination» israélo-américaine dissimule en réalité un conflit entre deux logiques contradictoires.
D’un côté, une adhésion sélective et instrumentale au discours libéral de la «paix démocratique» de la part de Washington ; de l’autre, l’application brutale par le gouvernement du criminel Netanyahu d’un réalisme offensif, visant à maximiser des gains stratégiques concrets, quel qu’en soit le coût humain ou juridique. Cette paralysie apparente n’est donc pas le fruit du hasard, mais le résultat de calculs rationnels, relevant presque de la théorie des jeux, dans la gestion du conflit. L’objectif poursuivi par l’entité sionsite est l’établissement d’un nouvel «équilibre des forces» lui garantissant une domination sécuritaire absolue, quitte à faire dérailler le processus diplomatique lui-même. Soutenu par un appui occidental indéfectible, l’État hébreu cherche à consolider sa puissance et sa sécurité en marge de toute considération
éthique ou légale.
Des mesures comme le refus d’un retrait complet de Ghaza, le contrôle strict du poste-frontière de Rafah, ou les atermoiements sur le déploiement d’une force internationale de stabilisation, s’inscrivent dans une stratégie délibérée de «création de faits accomplis sur le terrain».
Il s’agit de poser les bases d’un règlement futur déséquilibré, imposé par la force. Face à cela, la position américaine incarne un paradoxe profond : tiraillée entre une rhétorique favorable aux solutions multilatérales et la défense d’alliances d’intérêt à court terme, surtout à l’approche de scrutins nationaux décisifs et dans un contexte régional en recomposition.
Ainsi, Ghaza se transforme progressivement en un théâtre d’affrontement pour l’influence régionale, dépassant le strict cadre du conflit israélo-palestinien. L’escalade verbale et stratégique entre Washington et Téhéran crée un brouillard propice aux manœuvres sionsite. Pour l’État sionsite, la «menace iranienne» sert de prétexte commode pour remodeler ses priorités à Ghza selon une approche de «chaos constructif», maintenant délibérément la région dans un état d’instabilité qui permet de redessiner la carte politique. Cette stratégie s’accompagne de craintes légitimes concernant un possible transfert forcé de population palestinienne, poursuivant ainsi un objectif démographique historique de suprématie.
La dynamique politique interne israélienne, avec des élections législatives anticipées prévues pour octobre 2026, constitue un puissant moteur de cette paralysie.
La coalition étroite et fragile de Netanyahu est engagée dans une lutte pour sa survie, utilisant les dossiers du «désarmement du Hamas» et de la «menace existentielle iranienne» comme atouts électoraux. L’entrée au gouvernement d’urgence, puis la sortie successive de partis clés comme «Unité Nationale» (Benny Gantz) et «Otztma Yehudit», notamment en raison de désaccords sur le cessez-le-feu, illustrent l’extrême volatilité des équilibres parlementaires. Netanyahu navigue dans ces eaux troubles pour préserver son pouvoir, dans une surenchère généralisée où les partis rivaux rivalisent de radicalisme à l’égard des Palestiniens.
Le retrait d’«Otztma Yehudit» suite à l’accord de trêve révèle à quel point des intérêts factionnels étroits peuvent faire obstacle à toute avancée diplomatique.
Israël déploie à Ghaza une stratégie du «double piège». D’une part, il souscrit formellement à des accords pour ensuite en entraver l’exécution, fournissant ainsi un prétexte pour accuser la partie palestinienne de mauvaise foi. D’autre part, il utilise les violations quotidiennes (comme les centaines de morts et de blessés enregistrés depuis l’annonce du cessez-le-feu) comme un outil de terreur institutionnalisée, visant à briser la résistance populaire. Le contrôle des points de passage et de l’aide humanitaire constitue l’application cruelle d’une politique de «châtiment collectif», érigée en instrument de pression politique.
Cette phase de statu quo n’est donc pas une pause, mais une bataille continuation du conflit par d’autres moyens. Elle révèle la volonté israélienne de gérer l’après-guerre selon ses propres termes, tandis que les dynamiques régionales et les calculs électoraux internationaux compliquent toute perspective de règlement durable et équitable.
Malik M.
La deuxième phase du cessez-le-feu à Ghaza: L’impasse calculée d’un jeu d’échecs régional

