Invité sur la chaîne algérienne AL24news: Benjamin Stora appelle à reconnaître l’Algérie dans sa vérité historique

Invité dimanche soir sur la chaîne algérienne AL24news, l’historien français Benjamin Stora a livré une analyse sans détour sur les relations franco-algériennes, insistant sur la nécessité pour Paris d’accepter pleinement la souveraineté de l’Algérie et son nationalisme.
«La France et l’Algérie sont condamnées à s’entendre de par leur histoire et leur géographie», a-t-il affirmé, soulignant qu’il est impensable que la France se désintéresse de ce qu’est l’Algérie, qu’il qualifie de «pays continent». Pour Stora, chaque crise entre les deux pays est une opportunité de repartir sur des bases nouvelles, à condition que la France reconnaisse enfin la réalité algérienne dans toute sa profondeur historique et politique.
Il appelle à une refondation des relations bilatérales, fondée sur le respect de la souveraineté
algérienne, et sur une reconnaissance sincère du nationalisme algérien, souvent mal compris ou
caricaturé dans les discours politiques français. Connu pour ses positions claires contre la colonisation et pour son engagement dans la question mémorielle, Benjamin Stora a rappelé l’importance du travail historique comme pont entre les deux rives. Il a salué l’initiative du président Abdelmadjid Tebboune, qui a lancé la Commission mixte algéro-française Histoire et Mémoire, estimant que ce processus est essentiel pour construire une relation apaisée et durable.
Il a exprimé l’espoir que ce travail de reconnaissance reprenne rapidement, car les jeunes générations, en Algérie comme en France, ont un besoin impérieux de vérité historique. Cependant, l’historien déplore que les travaux de cette commission aient été «percutés par la politique», et appelle à retrouver le chemin du travail scientifique, loin des calculs partisans. Il insiste sur l’urgence de transmettre cette histoire aux jeunes, notamment en France, où les crimes de la colonisation, dépossession des terres, massacres, spoliations, restent absents des manuels scolaires. «La France a passé sous silence cette période tragique», regrette-t-il, plaidant pour une reconstruction de cette mémoire afin qu’elle soit accessible à tous. La question des archives est également centrale dans son discours : elles doivent être ouvertes et partagées entre historiens des deux pays, afin de permettre un travail rigoureux et transparent. Mais Stora exprime une inquiétude majeure : l’arrivée possible de l’extrême droite au pouvoir en France. «Si cela se produit, elle risque de détricoter l’ensemble des mesures déjà engagées», prévient-il. Il appelle donc à «sanctuariser» les acquis, notamment la reconnaissance officielle des assassinats et des enlèvements, ainsi que l’ouverture des archives.
Interrogé sur les tentatives de réécriture ou d’effacement de l’histoire, Benjamin Stora se montre rassurant. Il affirme qu’une mobilisation réelle existe, notamment chez les jeunes, les intellectuels et les journalistes, des deux côtés de la Méditerranée. Il témoigne de son expérience personnelle : de nombreuses conférences en France, dans des lycées, des maisons de jeunes, où il constate une véritable soif de compréhension et de justice historique.
Enfin, il déplore que certains responsables français, «au plus haut niveau de l’État», refusent encore de reconnaître cette histoire, préférant tourner la page.
Pour Stora, cette posture est non seulement irresponsable, mais dangereuse. Car l’histoire ne se gomme pas : elle se transmet, elle se confronte, elle se reconstruit. Et dans cette reconstruction, l’Algérie doit être reconnue dans sa vérité, sa dignité et sa souveraineté .
Fateh H.