Longtemps perçue comme un géant des hydrocarbures attentiste sur le front des énergies propres, l’Algérie amorce un virage que les observateurs les plus attentifs commencent à saluer. Le dernier
rapport MENA Energy Outlook 2026, publié par le think tank allemand Dii Desert Energy, dresse un portrait encourageant d’un pays qui, sans faire de bruit, construit patiemment son avenir énergétique.
Certes, avec 446 mégawatts de capacités renouvelables opérationnelles fin 2025, l’Algérie ne figure pas encore parmi les poids lourds régionaux. Mais comme le souligne le rapport, ce serait une erreur de juger le pays sur son seul stock installé. L’essentiel est ailleurs : dans la dynamique, dans les chantiers, dans la maturation d’une stratégie qui commence à porter ses fruits.
Un pipeline de projets qui change la donne
Ce qui frappe à la lecture du rapport, c’est la densité exceptionnelle du segment «construction». Pas moins de 17 projets sont actuellement en chantier, représentant environ 2,6 gigawatts de capacité solaire photovoltaïque.
Ce volume, rapporté au niveau encore modeste des installations existantes, dessine les contours d’un saut quantitatif majeur dans les trois prochaines années. L’Algérie ne parle plus : elle agit. Le think tank allemand note explicitement que les résultats de l’appel d’offres de 2 GW lancé en 2023 «commencent à se matérialiser». Deux centrales phares illustrent ce passage à l’acte : Tendla-M’Ghair (220 MW) et Laghrous-Biskra (200 MW). La machine est lancée, et la chaîne «appel d’offres – chantier – mise en service» fonctionne désormais à plein régime. C’est tout le signe d’une politique énergétique qui gagne en maturité et en crédibilité. L’ajustement des ambitions algériennes, passées de 22 à 15 GW à l’horizon 2035, est présenté par le rapport comme une «rationalisation» bienvenue. Loin d’être un aveu de faiblesse, cette révision témoigne d’une approche pragmatique : mieux vaut des objectifs tenables, adossés à des projets concrets, que des promesses sans lendemain.
Les analystes en déduisent un objectif intermédiaire d’environ 7 GW d’ici 2030 – une trajectoire tout à fait honorable qui place l’Algérie sur une pente ascendante et crédible.
L’hydrogène vert : L’atout maître algérien
Mais c’est sans doute sur le terrain de l’hydrogène que l’Algérie se positionne le plus stratégiquement. Le rapport met en lumière la vision algérienne : 40 TWh à l’horizon 2040, dont 30 TWh dédiés à l’export. Derrière les chiffres, il y a une géographie. Il y a surtout le corridor SoutH2, cet accord historique signé début 2025 entre l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, l’Algérie et la Tunisie.
Ce partenariat, qui formalise le développement d’un pipeline hydrogène de 3 300 kilomètres reliant l’Afrique du Nord à l’Europe centrale, change radicalement la donne. L’Algérie n’est plus seulement un fournisseur potentiel : elle devient un maillon essentiel de la future architecture énergétique européenne.
Le rapport est clair : «Pour l’Algérie, cet élément renforce la perspective d’un débouché européen structuré.» Une reconnaissance internationale qui valide le positionnement avant-gardiste du pays.
Une place singulière dans le paysage régional
La comparaison avec les géants du Golfe – Arabie saoudite, Émirats – pourrait sembler défavorable à l’Algérie si l’on s’arrêtait aux seuls chiffres bruts. Mais le rapport invite à une lecture plus fine : l’Algérie se distingue par un pipeline en construction significatif et par une carte stratégique unique, celle du lien physique avec l’Europe. Dans un monde où l’énergie devient aussi une question de routes et de corridors, cet avantage comparatif est inestimable. Le rapport MENA Energy Outlook 2026 ne dit pas que l’Algérie est déjà une locomotive des renouvelables. Il dit, plus subtilement, que le pays a engagé une mue profonde, que les projets sortent de terre, que la stratégie s’affine, et que l’horizon 2030 s’annonce sous les meilleurs auspices. Pour un pays qui construit patiemment son modèle énergétique de demain, c’est déjà une forme de reconnaissance.
Lamine N.

