Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a exprimé, hier, la pleine disponibilité de l’Algérie à mettre à la disposition des organes juridiques africains compétents, les documents, preuves matérielles et témoignages historiques fiables en sa possession.
«Ces données mettent en évidence l’ampleur des atrocités et des violations graves commises pour
étouffer la résistance du peuple algérien, y compris le recours à une répression à grande échelle et à l’utilisation de moyens et de méthodes prohibés par le Droit international», a-t-il affirmé dans une allocution concernant l’étude relative aux répercussions de la qualification du colonialisme comme crime contre l’humanité, ainsi que la qualification de certains actes commis durant l’époque de l’esclavage, de la déportation et de la colonisation en tant qu’actes de génocide à l’encontre des peuples d’Afrique.
Le discours de Tebboune, lue par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, lors du 39e Sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, a été un véritable réquisitoire contre le colonialisme et un appel fort à la communauté internationale. Il a réaffirmé le soutien absolu et indéfectible de l’Algérie à toutes les initiatives de la Commission de l’UA et ses organes juridiques compétents, visant à ancrer une approche juridique claire et explicite qui inscrit le colonialisme parmi les crimes internationaux les plus graves, de manière à renforcer les principes de reddition de compte, à consacrer le principe de la non-impunité et à contribuer à l’établissement d’une justice historique équitable. Il a appelé à consacrer une reconnaissance
internationale explicite, sans équivoque, de la part des organisations onusiennes et des puissances
coloniales, de la nature criminelle des pratiques ayant inclus l’esclavage, la déportation forcée, le nettoyage ethnique, la torture, le déplacement et la persécution systématique, des pratiques qui se sont singularisées par leur ampleur et leur brutalité dans l’histoire humaine moderne.
«La reconnaissance de la vérité historique n’est pas une évocation sélective du passé, mais un devoir moral et juridique, et un préalable incontournable pour bâtir des relations internationales équilibrées, fondées sur le respect mutuel, l’équité et la préservation de la dignité humaine», a-t-il dit, en rappelant les initiatives du pays pour la criminalisation du colonialisme.
Il s’agit de la conférence internationale de haut niveau tenue les 30 novembre et 1er décembre 2025 avec pour thème «Crimes du colonialisme en Afrique: vers une réparation des injustices historiques par la criminalisation du colonialisme», sanctionnée par l’adoption de «l’Appel d’Alger».
Il a cité également le projet de loi criminalisant le colonialisme.
«Cette loi vise à fixer les responsabilités juridiques, à préserver la mémoire nationale et à ancrer le principe de l’imprescriptibilité des crimes graves, en tant que pilier essentiel de toute approche sérieuse de réconciliation avec l’histoire. Elle classe également des pratiques comme les exécutions extrajudiciaires,
la torture, le viol, les essais nucléaires sur les civils et le pillage systématique des richesses dans la case
des crimes imprescriptibles, conformément aux principes du droit international et aux droits des peuples à la vérité et à la justice» a-t-il lancé.
La déclaration d’Alger adoptée
Il faut souligner que l’Union africaine a adopté, hier, lors de son 39e sommet, à Addis-Abeba, la Déclaration d’Alger sur les crimes coloniaux en Afrique qui consacre la journée du 30 novembre «Journée africaine d’hommage aux martyrs africains et victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l’apartheid», exprimant sa considération au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour cette initiative.
La Déclaration d’Alger a été annoncée à l’issue des travaux de la Conférence internationale sur les crimes coloniaux en Afrique, tenu le 30 novembre et le 1er décembre 2025 à Alger et décidée lors du sommet de l’Union africaine (UA), en février 2025 et qui a eu pour thème «Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations».
L’adoption de la Déclaration d’Alger a été décidée en vue d’appuyer l’effort continental visant à criminaliser la colonisation et à garantir des compensations au profit des victimes.
L’adoption de la journée du 30 novembre «Journée africaine d’hommage aux martyrs africains et victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l’apartheid», a été décidée pour affirmer l’importance de la préservation de la mémoire collective comme l’un des piliers de la reconnaissance des crimes commis, de la justice et comme moyen d’empêcher que l’histoire se répète.
La Déclaration d’Alger exhorte les anciennes puissances coloniales, entre autres, à «assumer pleinement leurs responsabilités historiques à travers la reconnaissance publique et explicite des injustices commises». Elle appelle également à «l’établissement d’une plateforme africaine de justice environnementale, chargée de recenser les zones affectées, d’évaluer les préjudices, d’accompagner les états concernés et de formuler des recommandations continentales pour la réhabilitation et les compensations.
Réforme de l’UA :Le plaidoyer de Tebboune
Le président de la République, a adressé une autre allocution sur la réforme institutionnelle de l’Union
africaine (UA), lue par le Premier ministre, Sifi Ghrieb. Il a plaidé pour la poursuite du processus de réforme lancé en 2026, mais selon une approche de réforme renouvelée et plus efficiente. Cette nouvelle approche devrait se fixer comme principaux objectifs prioritaires trois points principaux.
Il s’agitd’abord de renforcer l’efficacité des organes politiques de l’Union africaine par la rationalisation de leur fonctionnement, la focalisation sur les questions prioritaires et la garantie de la cohérence de leurs orientations stratégiques et de leurs décisions avec les défis actuels.
Il est question ensuite de procéder à la réforme de la structure et des programmes de l’Union de manière progressive et réaliste, afin d’optimiser l’utilisation des ressources, de renforcer l’autonomie
de la décision continentale et de limiter le recours aux partenaires extérieurs, tout en consacrant les
principes de transparence et d’efficacité dans la mise en œuvre des programmes, avec le développement
des mécanismes de recrutement et de suivi, la rationalisation des dépenses et la recherche de nouvelles sources de financement durable, garantissant la crédibilité et l’efficacité de l’action africaine commune.
Il s’agit enfin de restructurer l’architecture africaine de paix et de sécurité, de manière à garantir la pleine opérationnalisation de ses piliers et à renforcer sa capacité de réponse aux défis sécuritaires croissants, à travers le soutien à la diplomatie préventive, l’intensification des efforts de médiation l’opérationnalisation des mécanismes de gestion des conflits sur le terrain et la garantie de l’efficacité du Fonds pour la paix.
Pour ce qui est des autres questions inscrites à l’agenda de la réforme, M. Tebboune a plaidé pour une approche graduelle et mesurée dans le traitement de ces dossiers, dans le cadre de la nouvelle approche de réforme. «Notre ambition commune est de voir ce processus de réforme aboutir à une Union africaine plus efficace et plus influente, à même de répondre aux aspirations des peuples de notre continent et de conforter la place de l’Afrique en tant qu’acteur responsable et influent dans l’ordre international», a-t-il expliqué.
l Fateh H.

