À la Cinémathèque d’Alger: L’Italie raconte son histoire avec le cinéma algérien

Samedi prochain s’ouvre à la Cinémathèque d’Alger une édition inédite des Journées du film italien. Loin d’une simple rétrospective, cet événement, organisé avec l’Institut culturel italien, propose un voyage dans les coulisses d’une collaboration artistique méconnue : celle qui a lié l’Algérie naissante aux grands noms du cinéma transalpin.
L’affiche ne repose pas sur les classiques du néo-réalisme ou les icônes comme Sophia Loren. Elle se concentre sur un héritage plus discret : la société de production Casbah Films, fondée par le moudjahid et acteur Yacef Saâdi.
Dans les années qui ont suivi l’Indépendance, cette société a servi de pont entre les deux rives de la Méditerranée, produisant des films en partenariat avec l’Italie avant que beaucoup de productions algériennes ne soient développées dans les studios de Rome.
Le coup d’envoi sera donné avec la projection du film fondateur La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo. Lion d’or à Venise, cette œuvre majeure, qui retrace la résistance du FLN dans la Casbah, sera suivie d’une projection-débat.
Une exposition d’affiches et de photos de tournage dévoilera les coulisses de ce film mythique, dont le rôle principal était tenu par Yacef Saâdi lui-même.
La journée se poursuivra avec L’Étranger, l’adaptation par Luchino Visconti du roman d’Albert Camus, avec Marcello Mastroianni dans le rôle de Meursault. Produit par Casbah Films, ce film, souvent considéré comme un échec artistique du maître italien, ouvre un débat fascinant sur les défis de l’adaptation cinématographique.

Masterclass et découvertes : plongée dans le 7ᵉ art
L’événement mise sur la transmission, avec des masterclass techniques sur la photographie et le montage, ainsi que des débats animés par des spécialistes comme les critiques Ahmed Bedjaoui et Salim Aggar.
Ce dernier présentera son documentaire Histoire du film La Bataille d’Alger, levant le voile sur les premières années du cinéma algérien indépendant.
Le dimanche, le public découvrira Mains libres d’Enio Lorenzini, un court-métrage de 26 minutes qui capture l’effervescence et les espoirs de l’Algérie des années 1960.
La soirée s’achèvera sur une note inattendue avec Trois pistolets contre César, un western spaghetti tourné en 1966 à Bou Saâda et Biskra, rappelant que les paysages algériens ont servi de décors à de nombreux films italiens. Ces Journées du film italien offrent bien plus qu’une série de projections.
Elles proposent une relecture subtile des relations culturelles algéro-italiennes, à travers le prisme du cinéma. En explorant les coopérations techniques, les coproductions audacieuses et les échanges artistiques nés dans l’enthousiasme des indépendances, l’événement célèbre une histoire commune, faite de créativité, de défis et de mémoire partagée.
Rendez-vous samedi à la Cinémathèque pour un voyage entre l’Algérie et l’Italie, où chaque film raconte une part de notre patrimoine cinématographique.
Amina S.