C’est une information lourde que vient de livrer Badis Khenissa, expert en relations internationales et chroniqueur de AL24. Selon des sources qu’il dit sûres, les Émirats arabes unis préparent la création d’une «légion étrangère émiratie», composée de 3 000 à 4 000 combattants de plusieurs nationalités, dont des Algériens, recrutés comme mercenaires contre rémunération. Les recrutements seraient prévus pour 2027, et la mise sur pied de l’unité pour 2028.
Il faut être clair. À ce stade, ces éléments reposent sur des sources anonymes et n’ont été confirmés ni par une autorité algérienne ni par Abou Dhabi. Mais ils ne tombent pas dans le vide. Le 10 septembre, Alger a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats, après avoir dénoncé la multiplication d’actes provocateurs ou hostiles. L’Algérie reproche à Abou Dhabi une ingérence dans les affaires du Soudan, de la Libye et du Mali. Le président Tebboune avait, jusque-là, retenu ce geste pour ne pas aggraver les divisions entre pays arabes, avant de juger que tous les moyens de préserver la relation avaient été épuisés.
La méthode décrite par l’expert correspond précisément à ce que dénoncent depuis des années les critiques des Émirats. Il s’agit de ne pas intervenir directement, mais d’agir par des intermédiaires, des milices et des combattants payés, loin des regards et des responsabilités.
Des enquêtes des Nations unies évoquent une participation indirecte des Émirats dans le conflit au Soudan, et leur rôle en Libye et dans le Sahel suscite depuis longtemps de vives inquiétudes. Abou Dhabi a toujours démenti soutenir les belligérants de ces conflits, et il revient aux enquêteurs, non aux journalistes, de trancher.
Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse la polémique. Un pays qui compte près de 7 000 kilomètres de frontières, dont plusieurs tournées vers des zones instables, a de bonnes raisons de prendre au sérieux toute menace de recrutement de mercenaires, y compris parmi ses propres citoyens.
La question n’est donc pas seulement de savoir si cette légion verra le jour, mais de quels moyens disposent les États pour empêcher qu’un tel dispositif ne se mette en place, et jusqu’où la vigilance des services de sécurité doit s’étendre.
Cette alerte survient dans un climat déjà lourd. Dimanche dernier, la DGSN a annoncé l’arrestation, début octobre à Oran, de 61 ressortissants marocains, dont un ancien militaire, soupçonnés de préparer des actes de sabotage après être entrés par la Tunisie. Les autorités n’ont avancé aucun lien avec les Émirats, et il serait hâtif d’en établir un. Mais l’épisode rappelle que l’Algérie dit faire face à des tentatives de déstabilisation sur ses frontières, et que la vigilance de ses services reste, plus que jamais, une affaire de sécurité nationale.
Farid B
Une information grave qui exige la plus grande vigilance : une légion émiratie visant l’Algérie
