«Je m’excuse»: Téhéran fait volte-face et promet de ne plus frapper ses voisins

Au lendemain de la mort du Guide suprême et alors que la guerre entre dans sa deuxième semaine, le président iranien a présenté des excuses publiques aux pays du Golfe, annonçant un changement de stratégie militaire majeur.
Une déclaration qui intervient dans un contexte de tensions extrêmes, alors que Moscou apporte son soutien diplomatique à Téhéran et que les États-Unis sont accusés d’un massacre de civils.

Téhéran présente ses excuses et suspend ses tirs
Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a créé la surprisehier samedi en présentant ses «excuses» aux pays voisins de l’Iran, cibles de tirs de missiles et de drones depuis le début du conflit, le 28 février. «Je m’excuse auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l’Iran», a-t-il déclaré dans une allocution retransmise par la télévision d’État.
Cette annonce s’accompagne d’un changement de doctrine militaire. Selon le président, le «Conseil de direction provisoire» a pris la décision vendredi dernier de cesser toute attaque contre les nations voisines. «Il n’y aura plus d’attaques sur les pays voisins, plus de missiles tirés, sauf si une attaque sur l’Iran provenait de ces pays», a-t-il précisé. Le porte-parole de l’armée iranienne a confirmé cette nouvelle ligne, affirmant que les forces armées ne cibleront pas les pays voisins qui n’utilisent pas leur territoire contre l’Iran. Il a justifié les bombardements antérieurs comme une décision prise de manière indépendante par l’armée, à la suite de la perte de ses hauts dirigeants, dont le Guide suprême Ali Khamenei.

La polémique du bombardement de l’école : l’enquête du New York Times accuse Washington
Alors que Téhéran tente d’apaiser ses relations régionales, la colère gronde sur la scène internationale concernant les premières heures du conflit.
Le quotidien américain The New York Times a publié une enquête accablante sur le bombardement qui a coûté la vie à 150 personnes, en majorité des collégiennes, dans une école de la province de Minab.
Selon le journal, qui a recoupé des images satellites et des vidéos authentifiées, le drame est survenu au moment où l’aviation de combat américaine pilonnait une base navale iranienne située à proximité de l’établissement scolaire.
L’enquête conclut que le massacre a été commis «par des mains américaines». Malgré la publication de ces preuves il y a 24 heures, l’administration américaine reste silencieuse. Mercredi dernier, le secrétaire d’État à la Défense, Pete Hegseth, s’était contenté d’annoncer l’ouverture d’une enquête interne, dont les résultats ne seront probablement pas rendus publics.
L’Iran, par la voix de son président, a dénoncé ces frappes tout en réaffirmant son droit à répondre à «l’entité israélienne et aux États-Unis».

Soutien russe et rejet de l’ingérence américaine
Sur le plan diplomatique, l’Iran peut compter sur le soutien de Moscou. Le Kremlin a annoncé que le président russe Vladimir Poutine avait exprimé ses condoléances à Massoud Pezeshkian après les pertes civiles massives causées par ce qu’il qualifie d’«agression armée israélo-américaine».
Lors d’un entretien téléphonique, Poutine a fermement rejeté le «recours à la force» pour résoudre la crise et a appelé à un retour rapide à une solution diplomatique. Il a également affirmé être encontact permanent avec les dirigeants des pays du Golfe, se positionnant ainsi en médiateur potentiel dans la région. En parallèle, l’Iran a vivement réagi aux déclarations de l’ancien président américain Donald Trump, qui avait affirmé qu’il «devait être impliqué» dans le choix du successeur de l’ayatollah Khamenei.
L’ambassadeur iranien à l’ONU, Amir Saeid Iravani, a dénoncé une «violation claire des principes de non-ingérence» inscrits dans la Charte des Nations unies. «L’Iran ne permettra jamais à un pouvoir étranger d’interférer dans ses affaires intérieures», a-t-il martelé depuis New York.
En représailles à l’attaque du 28 février, qui a également coûté la vie à de hauts responsables sécuritaires, Téhéran a lancé des frappes massives. Outre des tirs de missiles et de drones visant Tel-Aviv, l’Iran a bombardé huit pays arabes voisins : le Qatar, le Koweït, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, Oman, la Jordanie et l’Irak.
Ces tirs ont fait des victimes et des blessés, provoquant une onde de choc diplomatique dans la région, que les excuses du président Pezeshkian tentent aujourd’hui de dissiper .
Malik M.