L’apprête à renouer avec un pan glorieux de son histoire. L’historien Benjamin Stora a confirmé que des armes ayant appartenu à l’Émir Abdelkader, figure emblématique de la résistance algérienne face à la colonisation française, seront prochainement rapatriées vers leur terre natale. Cette annonce, faite à l’occasion d’une exposition organisée mercredi 4 mars dans la commune de Stains, en région parisienne, marque une avancée significative dans le long combat mené par l’Algérie pour la récupération de son patrimoine historique confisqué.
Ces objets précieux ont été acquis par la Fédération franco-algérienne du renouveau, une association qui les a présentés lors d’un Iftar organisé en présence du maire de Stains et de Benjamin Stora.
Ce dernier, qui préside le volet français de la commission mixte d’historiens instituée en 2022
par les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, a indiqué ne pas connaître le montant de cette acquisition, mais s’est réjoui de leur prochaine restitution à l’Algérie. Cette initiative citoyenne intervient dans un contexte où les travaux de la commission mixte sont malheureusement à l’arrêt depuis juillet 2024, conséquence des tensions diplomatiques entre Paris et Alger. Depuis la remise de son rapport en 2021, Benjamin Stora n’a cessé de plaider pour la restitution des biens culturels et historiques algériens. Son exaspération était d’ailleurs palpable en avril 2025 lorsqu’il déclarait : « On vient nous parler de repentance, alors qu’on n’est même pas capable de restituer un Coran, une épée, un burnous à l’Algérie. Rien n’a été rendu. Absolument rien. » Des propos qui résonnent avec force aujourd’hui, alors que ces armes s’apprêtent à franchir la Méditerranée.
La partie algérienne, fidèle à la vision éclairée du président Tebboune, n’a jamais fléchi dans sa détermination à récupérer l’intégralité du patrimoine national spolié.
Lors de sa cinquième réunion en mai 2024, la commission mixte a examiné une liste exhaustive de biens dont l’Algérie réclame la restitution, comprenant plus d’une centaine d’objets, manuscrits et documents historiques datant du XIXe siècle.
Ces trésors nationaux sont actuellement dispersés dans diverses institutions françaises, notamment le Musée de l’Armée, la Bibliothèque nationale de France ou encore le château de Chantilly.
Au cœur de ces revendications légitimes se trouvent les effets personnels les plus symboliques de l’Émir Abdelkader : son Coran, son sabre, sa tente de commandement et son chapelet. La liste comprend également des pièces administratives et militaires d’une valeur historique inestimable, telles que le traité de la Tafna de 1837 et les registres de compte de son armée, saisis lors de la prise de sa smala en 1843.
Au-delà de ces objets liés à l’Émir, l’Algérie revendique avec la même fermeté des symboles majeurs de sa souveraineté bafouée, à l’image du célèbre canon Baba Merzoug, trophée de guerre exposé à Brest depuis 1833, ainsi que les manuscrits du cheikh Aheddad et les clés et étendards de villes martyres.
Le retour prochain de ces armes, bien que modeste en quantité, revêt une portée symbolique considérable. Pour l’Algérie, chaque objet rapatrié constitue une pierre angulaire de la reconstruction mémorielle, un témoignage tangible de la grandeur de sa résistance et de la profondeur de son identité.
Ce geste, aussi limité soit-il face à l’ampleur des spoliations coloniales, ouvre une brèche porteuse d’espoir pour la restitution future de l’ensemble du patrimoine national.
La mémoire algérienne, longtemps dispersée aux vents de l’exil, retrouve ainsi, pièce après pièce, la place qui lui revient : celle d’un peuple fier de son histoire et résolu à en transmettre la flamme aux générations futures .
Lotfi.A.
