A lors que les familles algériennes se retrouvent, chaque soir depuis déja deux jours, autour de la table de ftour, une nouvelle habituée s’invite dans les foyers. Son nom ? Fatma. Sa voix ? Celle d’une résistante.
Son écrin ? La Casbah d’Alger, au cœur du XIXe siècle, sous le poids du colonialisme. Diffusée sur Samira TV, la nouvelle série de Djaffar Gacem vient de poser ses valises dans le paysage ramadanesque, et déjà, les conversations s’animent.
Il aura suffi de deux épisodes pour comprendre que le réalisateur, n’a pas l’intention de faire de la figuration. Avec Fatma, Gacem opère un virage artistique majeur.
Là où ses précédentes œuvres nous avaient habitués à des comédies populaires et des drames contemporains, le voilà qui plonge dans les abysses de l’histoire algérienne, armé d’une caméra et d’une ambition dévorante. Le résultat saute aux yeux dès les premières images.
Les ruelles de la Casbah, reconstituées avec un souci du détail qui force le respect, vibrent sous le regard du réalisateur.
On y marche, on y sue, on y lutte. Et au milieu de ce labyrinthe de pierres blanches et d’ombres épaisses, il y a Fatma. Une femme qui porte un prénom commun pour une destinée hors du commun.
L’intrigue puise sa sève dans un terreau bien réel : celui de Zahra, chanteuse légendaire revenue d’exil, dont les mélodies deviennent pour Fatma à la fois un refuge et un étendard.
Entre les murs de sa condition, entre les injonctions sociales et les premiers frémissements de la résistance qui s’organise autour d’Ali, Fatma cherche sa note. Et quand elle la trouvera, promet la série, plus rien ne pourra la faire taire. Ce qui frappe dans ce premier rendez-vous avec le public, c’est la maturité du regard. Djaffar Gacem ne filme pas l’histoire algérienne avec des gants, mais avec des doigts de sculpteur.
Il taille dans la matière du passé pour en extraire des visages, des regards, des silences.
La Casbah n’est pas un décor de carton-pâte ; elle est un personnage à part entière, avec ses secrets, ses blessures et sa fierté indomptable.
Les réseaux sociaux, fidèles baromètres de l’humeur ramadanesque, s’enflamment déjà.
On commente les costumes, on dissèque les dialogues, on cherche les indices historiques. Signe que la série a trouvé son public, ou du moins, qu’elle a éveillé sa curiosité. Car c’est bien là le pari de Gacem : proposer une œuvre exigeante dans un mois où la télévision est souvent synonyme de légèreté et de divertissement facile.
Ce retour de Djaffar Gacem sur le petit écran ramadanesque ressemble à une déclaration d’amour à son public. Mais aussi à son métier.
Car en choisissant la fresque historique, il prend des risques : celui de décevoir les amateurs de ses comédies habituelles, celui de se confronter à un genre exigeant où chaque détail compte. Mais après deux soirs de diffusion, le pari semble en bonne voie d’être tenu.
Pour les téléspectateurs algériens, Fatma s’ajoute à la longue liste des rendez-vous sacrés de ce mois béni. Une tradition bien ancrée que celle de ces séries qui rythment les nuits du Ramadan, et que Gacem connaît sur le bout des doigts. Mais cette fois, il a choisi d’enrichir cette tradition d’une couche supplémentaire : celle de la mémoire, celle de la transmission.
Amina S.
Fatma enflamme la Casbah: Djaffar Gacem signe le retour fracassant du drame historique

