Un message adressé à Bamako pour apaiser les tensions régionales

La visite officielle du président nigérien, Abdourahamane Tiani, en Algérie, après près d’un an de brouille diplomatique, dépasse le simple réchauffement bilatéral.
Elle porte des messages stratégiques, notamment à destination du Mali et de son dirigeant, Assimi Goita, avec qui les relations traversent une période de tension inédite.
Ce déplacement, intervenu après le retrait mutuel des ambassadeurs consécutif à l’incident de la frappe de drone malien près de la frontière algérienne, marque le début d’une nouvelle dynamique régionale. Il traduit la volonté algérienne de privilégier la voie diplomatique pour surmonter les différends et refermer la parenthèse des crises.
Le Niger constitue une porte d’entrée naturelle pour reconstituer l’influence algérienne dans l’espace sahélien, alors que les relations avec Bamako demeurent complexes.
La reprise du dialogue avec Niamey envoie un signal puissant : Alger dispose d’une diplomatie agile, capable de dépasser les contentieux pour reconstruire rapidement des cadres de coopération constructive.
Cette dynamique répond aussi à une préoccupation géostratégique : le vide diplomatique à Niamey aurait pu être exploité par d’autres acteurs régionaux aux intentions moins transparentes, cherchant à attiser les tensions pour servir leurs propres intérêts.
Le rapprochement avec Niamey répond également à des impératifs économiques.
La relance du projet de gazoduc transsaharien, reliant le Nigeria à la Méditerranée via le Niger et l’Algérie, retrouve ainsi toute sa crédibilité.
Parallèlement, la sécurisation des frontières constitue un enjeu crucial. Avec près de 950 kilomètres de frontière commune avec le Niger, l’Algérie a tout intérêt à préserver un environnement pacifique sur son flanc sud, d’autant que l’instabilité chronique au Sahel menace directement la sécurité régionale.
La constance de l’approche algérienne, fondée sur la non-ingérence et le respect de la souveraineté des États, trouve ici toute sa pertinence. Dans un contexte sahélien marqué par l’insécurité et les bouleversements politiques, cette posture permet à Alger de maintenir le dialogue avec l’ensemble des parties. Quant à la France, son influence dans la région a considérablement diminué face au rejet grandissant de sa présence. L’Algérie, qui s’est toujours opposée à toute intervention militaire étrangère non consentie, apparaît ainsi comme un acteur dont la constance est désormais reconnue.
La visite d’Abdourahamane Tiani à Alger pourrait constituer un tournant dans l’apaisement des tensions intra-régionales .
F. H.