C’est une image forte, chargée de symboles, qui restera dans les annales de la diplomatie algérienne. En ce dimanche, le président Abdelmadjid Tebboune a tenu à accueillir personnellement sur le tarmac de l’aéroport international d’Alger son homologue nigérien, le général Abdourahamane Tiani.
Une attention rare, à la mesure de l’événement : le chef d’État nigérien entame une visite de fraternité et de travail de deux jours à la tête d’une importante délégation, sur invitation du président algérien.
Dès la descente de l’avion présidentiel, le protocole a déployé tout ce que l’Algérie compte de traditions pour honorer un hôte de marque. Les deux présidents ont écouté les hymnes nationaux avant de passer en revue un détachement des différentes forces de l’Armée nationale populaire, déployé pour rendre les honneurs. Un moment de solennité qui tranchait avec les tensions récentes. Car cette visite, au-delà des apparences protocolaires, met fin à près d’un an de brouille diplomatique entre Alger et Niamey.
Les relations s’étaient tendues en avril 2025, lorsque le Niger avait rappelé son ambassadeur à Alger, par solidarité avec le Mali, après que l’armée algérienne eut abattu un drone malien ayant violé son espace aérien. Un geste d’humeur qui avait jeté un froid entre deux pays pourtant liés par une fraternité ancienne et des intérêts communs.
Le retour des ambassadeurs, prélude à la rencontre au sommet
Les signaux de décrispation s’étaient multipliés ces dernières semaines. Le 12 février, le Niger a renvoyé son ambassadeur à Alger, un geste fort auquel le président Tebboune a immédiatement répondu en ordonnant le retour du diplomate algérien à Niamey le jour même. Une décision éclair, qui traduisait la volonté du chef de l’État algérien de tourner la page et de relancer le dialogue au plus haut niveau.
L’invitation lancée au président Tiani s’inscrivait dans cette logique de main tendue. En acceptant de se rendre à Alger, le chef d’État nigérien a montré qu’il partageait cette vision d’un partenariat renouvelé, débarrassé des malentendus passés.
L’enjeu sécuritaire au cœur des préoccupations
Au-delà des déclarations d’intention, cette rencontre intervient dans un contexte régional particulièrement volatil. La situation sécuritaire au Sahel, la lutte contre les groupes terroristes, la gestion des flux migratoires et la stabilité des pays voisins figurent en tête des priorités. Le Niger, pays sahélien par excellence, partage avec l’Algérie non seulement une longue frontière, mais aussi les mêmes défis.
Les deux capitales sont conscientes que la paix et la prospérité de la région passent par une coordination étroite et une confiance réciproque. La visite sera ainsi «l’occasion d’aborder les questions politiques liées au continent africain en général et à la région du Sahel saharien en particulier».
Au programme de ces deux jours : des séances de travail élargies, des rencontres entre délégations sectorielles et, sans doute, la signature de plusieurs accords de coopération. Les domaines ne manquent pas : l’énergie, les mines, l’agriculture, les infrastructures, mais aussi la formation et la sécurité.
Pour Alger, cette visite est aussi l’occasion de réaffirmer son rôle de pivot dans la région, et sa volonté de privilégier le dialogue et la concertation pour résoudre les différends.
Pour Niamey, c’est la garantie de pouvoir compter sur un allié de poids, dont l’expérience en matière de lutte antiterroriste et de développement économique est précieuse .
Khemissi M.

